Big Picture : les dangers et limites

Selon de nombreux ouvrages, la « big picture » est souvent la clé du succès.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce terme, il s’agit littéralement de regarder « la grande image ». En d’autres termes, au lieu de se concentrer sur les détails, il est conseillé de scruter l’horizon le plus loin possible. On parle aussi de « think big » qui veut dire « penser grand ».

Cette idée provient d’un bon sens commun : vous ne trouverez que les réponses des questions que vous avez posées. Autrement dit, il est impossible de trouver une réponse à une question non formulée.

Si vous vous demandez comment donner de la nourriture au SDF en bas de chez vous, vous trouverez un moyen de le faire. Cependant, si vous vous demandez comment nourrir 10 SDFs, même si cela prend plus de temps, vous trouverez une solution. Idem pour 50, 100, 500, 1000, 5000, etc.

Pourquoi ne réfléchir alors sur l’éradication de la faim dans le monde en général ?

Vous voyez, je viens de penser grand.

  • Penser petit : nourrir le SDF en bas de chez moi
  • Penser grand : éradiquer la faim dans le monde

Vais-je alors critiquer une idée poussant les gens à chercher une solution concernant la faim dans le monde ?!

Non. Mon intention n’est pas de critiquer cette idée, mais de simplement en exposer ses limites.

big picture

La big picture comme source de presbytie 

Un presbyte est une personne ne pouvant pas bien voir proche, mais n’ayant aucun problème à voir loin. C’est l’inverse d’une personne myope.

Nous pouvons certes faire plusieurs choses en même temps, mais il nous est impossible de nous concentrer sur deux choses en même. Il est possible de faire la vaisselle en écoutant de la musique, mais l’on ne pourra que se concentrer sur une seule chose.

Il ne faut pas confondre des allers et retours rapides sur deux points de concentration à la capacité de pouvoir se concentrer simultanément sur deux objets à la fois.

Nous ne pouvons pas nous concentrer sur le long- voir très long-terme tout en nous concentrons sur les détails d’aujourd’hui.

L’idéal serait d’allouer un temps pour l’un puis d’allouer un temps pour l’autre. Se jonglage n’est pas sans risque. Il n’est pas rare de voir des personnes se poser des questions à très long terme, mais de ne jamais faire le premier pas si cher à Confucius.

L’exemple le plus courant est la ou les fameuses bonnes résolutions de Nouvel An. À ce moment-là, tout le monde est dans la big picture :

  • Perdre 30 kilos
  • Gagner 30 kilos de muscle
  • Arrêter définitivement de fumer
  • Faire un marathon
  • Gagner sa vie en tant qu’entrepreneur

J’ai rarement entendu une personne me disant que le 1 janvier sera dédié à l’élaboration d’un plan stratégique pour lui permettre d’atteindre un objectif spécifique. Les détails c’est pour les chiants…

Mise en garde #1 : Autant important est-il de viser le sommet, n’oubliez pas d’acheter une bonne paire de chaussures et de regarder où vous mettez les pieds.

 

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Choisissez bien !

La big picture est une addition

Ne vous êtes-vous jamais rendu compte que les autobiographies ou biographies des grands personnages sont toujours des pavés ?

Il semblerait que ces personnes n’avaient pas simplement pensé à la big picture et BAM ! ils avaient atteint leur objectif.

En effet, certains d’entre eux avaient une vision à très long terme. Mais cette vision ne leur a fait éviter aucun pas. Comme tout le monde, ils ont dû gravir leur montagne, marche après marche.

Chacune de ses marches semblait de prime abord sans importance, mais ce n’est qu’après les avoir additionnées que l’on remarque la perfection du sentier.

  • Oui, les détails peuvent être ennuyeux
  • Oui, c’est moins cool de parler de détail technique
  • Oui, c’est plus cool d’être « un visionnaire »
  • Oui, c’est aussi plus marrant d’être « un visionnaire »

Mais n’oubliez pas qu’un visionnaire sans action reste un beau-parleur. On dépeint souvent Steve Jobs comme un visionnaire. Certes, il pouvait en être un, mais sans action Apple serait toujours la traduction en anglais de « pomme ».

Mise en garde #2 : Le sommet est important, mais une marche qui vous permet de l’atteindre est tout aussi importante.

 

La big picture comme démotivateur

Qu’est-ce qui est le plus effrayant :

  • Se dire qu’aujourd’hui l’on va écrire 2 pages de son roman
  • ou se dire que l’on doit écrire le roman de sa vie ? 

La pression est bonne, mais à force de trop s’en mettre, l’effet est inverse.

Dans son excellent livre « Bird by bird« , Anne Lamott explique la technique de se concentrer sur une seule étape à la fois.

Si vous écrivez 2 pages par jour, vous aurez un roman de plus de 700 pages à la fin de l’année. Pourtant, vous n’aurez jamais fait plus qu’écrire 2 pages par jour. Le fait de subdiviser une grande tâche en une multitude de petites étapes rend le monstre moins effrayant à abattre.

Je ne me dis jamais au début de l’année que je dois écrire 54 articles. Je me dis simplement chaque semaine que je dois en écrire un. Idem pour n’importe quelle tâche d’une certaine importance.

Mise en garde #3 : Contempler le sommet ne doit pas vous démotiver. Si cela est le cas, baissez la tête et concentrez-vous sur un pas après l’autre.

 

La big picture comme procrastinateur

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C’est le gars des « nouvelles idées »

« Non, mais moi je suis un visionnaire, je suis nul dans les détails. Idéalement, je travaillerais avec une équipe et je serais celui qui donne les idées ».

Malheureusement, j’ai entendu ces sottises que trop souvent.

Premièrement, tout le monde a des idées. Si l’on donne 15 minutes à n’importe qui pour penser à une idée d’entreprise, cette dernière nous en trouvera une. Tout entrepreneur vous le dira, l’idée n’est de loin pas le critère le plus important pour qu’une entreprise fonctionne.

Deuxièmement, un visionnaire qui est nul dans les détails n’est pas un visionnaire. C’est un rêveur. Tout le monde rêve. Et pour les moins imaginatifs d’entre nous, donnez-leur 2 verres de Vodka et leur imagination se réveillera d’un seul coup. Un vrai visionnaire est bon dans les détails. Il les analyse, les pèse et les ajuste. Il est conscient qu’une seule erreur pour évaporer à jamais sa vision. Un visionnaire est un stratège utilisant chaque détail comme une arme redoutable. Le rêveur part attaquer le sommet à pied nu sans carte. Le visionnaire a passé des années à élaborer la meilleure carte et à acquérir un équipement de pointe.

Troisièmement, avoir une idée et attendre que ce soit les autres qui la concrétisent s’appelle de la flemmardise, pas du management ni du leadership !

Et c’est là que ça blesse.

Beaucoup de personnes affirment avoir une big picture mais de ne pas être entourées par la bonne équipe. En d’autres mots, elles n’exploitent pas leur idée incroyable depuis des années faute à la malchance.

On appelle cela de la procrastination.

Mise en garde #4 : Si vous ne trouvez personne pour monter le sommet à votre place, commencez à vous poser des questions.

 

La big picture comme source d’orgueil

Il y a des projets qui sont cools, d’autres moins. Et vu que tout le monde veut être cool, tout le monde veut faire la même chose.

Tout le monde veut être coach, accompagnateur, conseiller, stratégiste, consultant, etc.

C’est cool de dire aux gens quoi faire même si nous, on n’a encore rien fait (mais on a lu des livres ! ce n’est pas ça la définition d’un expert ?)

Tous les jours, je découvre un nouveau blog d’un auteur (rempli de bonne volonté) qui explique aux gens comment vivre la vie de leur rêve. Étant donné le nombre croissant de ce genre de site, je suis heureux de voir que non seulement de plus en plus de gens vivent leurs rêves, mais qu’en plus, ils savent comment aider les autres à l’atteindre. Cela me fait vraiment chaud au coeur 🙂

  • Prendre une feuille de papier et noter que dans 5 ans on veut être millionnaire c’est cool.
  • Penser à un moyen d’économiser 2€ par tasse de café l’est moins.

Pourtant, quelle est l’action la plus susceptible de vous approcher de votre objectif ? Je parierai sur la deuxième.

C’est cool de penser à la big picture et ça flatte l’ego. Mais pourtant, quand on lit la biographie de Warren Buffet, on remarque que ce dernier se concentrait sur les détails techniques de la finance. Il ne passait pas tout son temps à se visualiser milliardaire.

Mise en garde # 5 : Autant petites et insipides les marches vous paraissent-elles, ce sont elles qui vous permettent de vous approchez du sommet.

Un dernier mot

Une autre manière de voir les choses. Qui vous semble être le plus cool ?

  • Un beau parleur ne parlant que de la big picture (sans rien faire d’autre)
  • ou un discret ayant s’approchant de sa big picture ?

Demain, au lieu de vouloir perdre 30 kilos, trouvez une solution pour vous motiver à ne boire que de l’eau.

Au lieu de vouloir gagner 30 kilos de muscle, intégrez un aliment riche en protéine dans votre routine matinale.

Au lieu de vouloir changer le monde, essayez de changer votre maison.

Au lieu de vouloir devenir millionnaire, essayez d’économiser 10% de votre salaire.

Il est bon d’avoir une vision, il est encore meilleur de s’en approcher.

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Marine

Salut Christopher,

effectivement on dit qu’il faut voir grand mais pas trop, ce n’est pas forcément évident.

En tous les cas ton article m’a bien fait rire, avec des phrases type « Les détails c’est pour les chiants… »

C’est tellement vrai, on passe pour chiant ou la personne qui la joue petit quand on explique comment on procède pour quelque chose, surtout quand on débute.

Je fais au moins 1/2 heure d’exercice physique par jour, et j’ai commencé par 1min30 seulement, en augmentant progressivement. Oui ça peut paraître chiant mais ça fonctionne.
Pareil l’autre jour on me dit « ah c cool de faire du tai-chi, j’aimerai bien en faire moi aussi ça a l’air sympa. Combien de temps il t’a fallu pour apprendre tous les enchaînements ? » Moi je sors que dans mon cas, 9 mois mais si on en fait plus alors 6 mois sont souvent évoqués. Et là « rah 9 mois, c’est trop long, même 6 mois »….

On voit juste le sommet de l’iceberg, pas ce qu’il y a en-dessous, on se dit « ah mais oui mais pour l’autre c’est facile parce que… » quand on voit l’autre qui a atteint un certain « niveau » mais on n’a pas conscience, on ne se représente pas tout le travail, la discipline, la persévérance derrière pour en arriver là.

Je sais plus si c’est Steve Pavlina ou Leo Babauta qui dit en gros que ok certaines choses peuvent prendre du temps à mettre en place, qu’on avance par petits pas, mais que dans 10 ans, ça aura un impact bien plus énorme que si on fait rien.

Il y a plein de choses qu’on peut faire de la vie qui peuvent paraître ennuyeuses quand on en parle, surtout quand on est au début « ah tu fais de l’exercice physique, combien de temps ? » « 1min30 » « ….. », on peut passer pour nul, pas intéressant, etc. Tant pis si certains s’attardent à ça. C’est sur que ça en jette plus de dire « j’ai couru 10km aujourd’hui, punaise ça fait du bien » alors que le lendemain le type peut plus avancer et ne recommencera pas à courir avant 1 an (au mieux). Tout comme ça le fait plus de raconter qu’on est beaucoup sorti, etc. plutôt que de dire qu’on s’est occupé d’arracher les « mauvaises herbes » dans son jardin.

C’est comme pour beaucoup de choses, le paraître ressort mieux que l’être pour beaucoup, tout comme le dire plutôt que le faire.

« Il est bon d’avoir une vision, il est encore meilleur de s’en approcher. »

J’aime bien ta conclusion, simple et claire, ensuite, à chacun de déterminer comment s’approcher de sa vision.

Bonne fin de semaine:)

Reply
    Christopher Lieberherr

    Hello Marine !

     » C’est sur que ça en jette plus de dire « j’ai couru 10km aujourd’hui, punaise ça fait du bien » alors que le lendemain le type peut plus avancer et ne recommencera pas à courir avant 1 an (au mieux). »

    Hahaha ! Tellement vrai.

    Exactement, on peut avoir initialement la big picture de faire 1h de sport par jour. Mais ce qui va vraiment nous approcher de ce but, c’est de commencer par les 1min30 et de progresser incrémentalement (si bien sûr cette technique convient à la personne).

    Personnellement, je trouve bien plus chiant quelqu’un qui refait le monde à chaque discussion mais n’est pas foutu de bouger le petit doigt pour changer la moindre chose.

    Ensuite c’est personnel 🙂

    Bonne semaine !

    Christopher

    Reply
      Marine

      Hey Christopher,

      bien sûr oui il faut que chacun trouve la meilleure façon pour lui d’atteindre son objectif, je fais souvent par petits pas mais pour certaines choses, c’est plus « d’un coup ». Bref, faut se connaître quoi, et adapter en fonction.

      « Personnellement, je trouve bien plus chiant quelqu’un qui refait le monde à chaque discussion mais n’est pas foutu de bouger le petit doigt pour changer la moindre chose. »

      Ah oui, genre les râleurs professionnels mais qui ne cherchent pas à modifier un chouille de quelque chose dans leur vie pour améliorer leur « état » (qui n’est pas excellent, sinon ils ne passeraient pas leur temps à râler).

      On ne peut pas tout faire tout le temps, savoir prioriser ce qui est important pour nous en ce moment, après ça pourra changer, il faut se donner la permission à ce niveau (ok, là j’ai besoin de ça, là par contre ça j’en n’ai plus/moins besoin).

      Belle soirée:)

      Reply
        Christopher Lieberherr

        Hey Marine !

        En effet, on ne peut pas tout faire en même temps. C’est pour cela qu’il faudrait aussi appliquer la plainte sélective :

        – Ne se plaindre que de ce qu’on peut changer
        – Le faire une seule fois quand on se rend compte de la situation
        – Se bouger les fesses pour changer la situation 😀

        Bonne journée !

        Reply
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