Comment apprendre une langue — outils pratiques

The River

The River de Charles Sandison

Durant mes études, je m’étais forgé la conviction que l’apprentissage des langues n’était pas mon fort.

Étant un lecteur avide, je me suis vite heurté à des livres anglophones non traduits en français. Cette frustration s’amplifiait à mesure que les années passaient.

L’élément déclencheur a été le master que je convoitais, uniquement délivré en anglais. Une année avant de l’intégré, je m’étais décidé à apprendre l’anglais avec sérieux.

Trois années plus tard, j’ai réussi mon master avec une moyenne de 5,8/6 et travaillé une année dans une entreprise américaine où l’on parle anglais. Je parle espagnol assez bien pour l’utiliser dans un contexte professionnel complexe et m’attaque maintenant au portugais.

Pourtant, je continue à penser que je n’ai aucun talent naturel pour les langues et suis persuadé que de nombreuses personnes ont de bien meilleures dispositions pour maîtriser une nouvelle langue.

Retournons trois années en arrière où je m’étais décidé à apprendre l’anglais. Mon constat était le suivant : l’apprentissage scolaire n’avait pas fonctionné sur moi. J’ai alors décidé de me lancer à la recherche de meilleures techniques.

Internet est rempli d’excellents conseils, mais je ne pouvais que constater le manque de conseils concrets répondant aux où, comment et quand. Il est bien sûr probable que mes capacités de recherches étaient limitées. Mais en vue de vous faciliter la tâche, j’ai recueilli ici les techniques et pratiques qui m’ont été les plus efficaces.

Se donner une raison rationnelle ET émotionnelle      

Trop souvent, l’on décide d’apprendre une langue « parce qu’il le faut ». On pense alors à la carrière, au CV, à ce que les gens diront ou aux potentielles rencontres clés qu’on pourrait faire grâce à une nouvelle langue.

Je connaissais toutes ces raisons, et bien que pertinentes, elles avaient été incapables de déclencher en moi la motivation suffisante à un nouvel apprentissage.

Comme dit précédemment, de nombreux livres m’intéressaient, mais n’étaient qu’en anglais. J’ai donc utilisé cette situation pour me créer une raison émotionnelle.

  • Facteur rationnel : Intégrer le master désiré + l’anglais comme outil nécessaire pour ma carrière.
  • Facteur émotionnel : lire des livres anglophones non traduits + lire des auteurs anglais dans leur langue originale.

Je me suis fait une liste des livres que je voulais lire en anglais afin de me motiver au maximum. Sans être exhaustif, la liste contenait Paul Auster, J. M. Coetzee, Shirley Jackson, Richard Dawkins, Benjamin Graham, Oscar Wilde, Dan Simons, Ray Bradbury, Stephen King (rêve honteux d’ado !), Christopher Vogler, Joseph Campbell, James Romm, etc.

Développer un vocabulaire de 3000 mots    

Ma motivation émotionnelle première était alors de comprendre l’anglais. Pour cela, le processus était simple :

  • Construire un vocabulaire de base d’au moins 3000 mots ;
  • Comprendre la grammaire de base ;
  • S’attaquer à un premier livre simple.

Pour apprendre le vocabulaire nécessaire, je conseillerais deux applications :

  • Mosalingua : cette application permet d’apprendre 3000 mots rapidement et sans grands efforts. Le système comprend un apprentissage classique du vocabulaire. Si nous prenons l’anglais comme exemple :
    • De l’anglais au français
    • Du français à l’anglais
    • Écrire le mot
    • Entendre le mot
    • Phrase d’exemple utilisant le mot
  • Memrise : même système que Mosalingua en plus ludique. Il intègre aussi des vidéos de locaux prononçant les mots et phrases clés. Cela permet d’affiner son écoute bien que cela reste anecdotique.

L’un et l’autre se valent et je ne pourrais conseiller plus l’un que l’autre.

3000 mots peuvent s’apprendre facilement en moins de 3 mois si l’on apprend entre 30 et 40 mots par jour, ce qui demande relativement peu d’effort.

Mais où trouver le temps à un tel apprentissage ?

Ne pas dédier un temps quotidien à l’apprentissage de la langue  

Je pense que la plus grande cause d’échec dans l’apprentissage des langues réside dans le fait de dédier un temps d’apprentissage.

« À partir de demain, je me lèverai 30 minutes plus tôt et apprendrai mon voc » ou « tous les soirs je me consacre à l’anglais de 19 h à 20 h », etc.

Le grand pouvoir des applications, c’est qu’elles se trouvent dans nos smartphones. Et que fait-on lors d’un temps mort ? On sort son smartphone !

Au lieu de s’attaquer à son vocabulaire pendant 30 ou 60 minutes d’un bloc, il vaut mieux faire plusieurs dizaines de mini-blocs mêlant révision et apprentissage d’un nouveau mot. On n’a pas besoin de beaucoup de concentration pour apprendre de nouveaux mots, surtout si ceux-ci vont être répétés et répétés par l’application en question.

J’apprends mon vocabulaire en ne dédiant virtuellement pas une minute à cette activité : toilette, en attendant un transport en commun, pendant un feu rouge (oui, je me suis déjà fait klaxonné), quand ma copine est prête dans « 2 secondes », durant une brève pause entre deux emails, durant une conversation qui ne m’intéresse pas, lors des bandes-annonces au cinéma, etc.

En faisant ainsi, j’ai appris 6000 mots et phrases clés en espagnol en à peine 3 mois. Donc 3000 reste plus qu’atteignable.

En d’autres termes, il suffit de remplacer son mode par défaut Facebook/9gag/Instagram/twitter par l’application. C’est un petit coup à prendre, mais les résultats son bluffant.

L’apprentissage d’une grammaire rudimentaire est parfois essentiel pour certaines langues. Si vous constatez que les mots et phrases clés n’ont pas été suffisants, vous pouvez utiliser l’application Babbel. Elle reste selon moi la référence pour un apprentissage plus complet d’une langue.

Je suis conscient que l’apprentissage d’une langue éloigné du français tel que le Japonais ou le Mandarin requiert un apprentissage tout autre. Mon expérience se limite aux langues latines et nordiques. Je serais donc incapable de donner le moindre conseil dessus.

On commence à s’amuser    

Si vous en ressentez le besoin, vous pouvez continuer à apprendre quelques nouveaux mots ou simplement réviser la base existante. L’essentiel est maintenant d’explorer le facteur émotionnel.

Arrivé à cette phase, je commence à lire des livres dans la langue en question. J’utilise deux outils :

  • Le Kindle. Cette liseuse électronique me permet d’uploader facilement les livres dans la langue en question. Avec un peu de recherche, on peut trouver n’importe quel livre en EPUB. Il suffit ensuite de convertir le fichier EPUB en Mobi pour qu’il soit lisible sur le Kindle. Je vous conseille d’utiliser ce convertisseur gratuit en ligne. Pour l’uploader sur le Kindle, vous pouvez utiliser « Send to Kindle » d’Amazon, aussi gratuit. Le Kindle vous permettra de télécharger le dictionnaire dans la langue en question et est aussi doté d’un traducteur plus que perfectible, mais tout de même utile. Cela permet de rechercher un mot inconnu rapidement et facilement. Je n’aurais jamais la volonté de la faire avec un dictionnaire physique. Si vous apprenez l’anglais, l’outil Word Wise vous donnera des indices au-dessus des mots complexes.
  • Audible : Vous pouvez écouter des millions d’audiobooks grâce à ce service. J’écoute alors les audiobooks dans la langue en question pendant mes trajets.

Sur la seule base d’un livre par semaine, vous aurez une compréhension quasi parfaite après quelques mois.

Je ne suis pas un grand cinéphile, mais Netflix peut aussi être un excellent outil d’apprentissage. Au début, vous pouvez mettre la langue visée avec les sous-titres puis tenter de retirer les sous-titres à mesure que vous êtes plus à l’aise.

Passer à l’étape supérieure ?

Il n’est pas nécessaire de passer tout de suite à l’étape de « parler et écrire ». Pourquoi ? Car ces étapes sont chronophages si l’on ne peut pas les pratiquer de manière naturelle.

Comme vous pouvez le constater, les précédentes étapes n’étaient que des remplacements :

  • Remplissage des temps morts
  • Lire dans la langue visée au lieu de la langue maternelle

SI vous êtes dans votre pays et que vous n’avez pas la capacité de parler ou écrire dans la langue visée, vous allez devoir avoir recours à des techniques d’interaction artificielles. Si cela est votre désir, je vous conseille :

  • Italki : vous payez une personne pour parler dans la langue voulue. L’avantage est que les prix sont extrêmement bas. Vous pouvez trouver un très bon professeur pour seulement 5-6 € par heure !
  • Forum : Vous pouvez participer à des forums dans la langue en question.
  • Une dernière technique peut être de profiter d’un collègue parlant la langue et lui demander de déjeuner par exemple une fois par semaine et de pratiquer la langue avec. Idem pour un ami ou une connaissance. Vous pourrez aussi écrire à cette personne uniquement dans la langue visée.

Vous pouvez aussi garder au chaud ces étapes quand vous aurez la nécessité de parler et écrire. En supposant que vous continuez à regarder des films, écouter et lire des livres dans la langue en question, au moment où vous déménagerez dans le pays en question (ou autres situations vous forçant à pratiquer la langue quotidiennement), votre apprentissage vocal et écrit ne sera qu’une question de quelques semaines maximum.

Un autre cas de figure peut être que vous avez développé une forte appréciation pour la langue. Ainsi, dédier cette fois-ci un créneau horaire à la langue ne sera plus si difficile que cela.

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