Comment réduire le danger de vos objectifs ?

danger-objectifs

Julien Gueniat, auteur de 2h chrono pour mieux m’organiser, m’a fait le plaisir d’écrire un article invité pour Speedevelopment. Comme vous le verrez dans mes recommendations de février, je vous conseille vivement la lecture de son livre : un beau condensé d’outils et paradigmes permettant de mieux organiser son quotidien et sa vie en général. Mais avant tout, place à son article !

Christopher Lieberherr

Définissez des objectifs SMART et travaillez jusqu’à les atteindre.
N’abandonnez jamais. Ne baissez jamais les bras.
Prenez des risques. 

Dans cet article, vous découvrirez ce qui est difficile à voir dans une société qui met sur un piédestal ceux qui réussissent grâce à l’obsession qu’ils ont pour leur objectif. Vous découvrirez qu’avoir des objectifs ambitieux peut mener à la mort.

Vous vous dites peut-être que je divague ? C’est votre droit, mais laissez-moi m’expliquer : 

Durant longtemps je pensais à ceux qui n’arrivaient pas à atteindre leurs objectifs, puis j’ai réalisé que mes lecteurs se trouvaient aussi de l’autre côté du spectre, c’est-à-dire qu’ils s’identifiaient fortement à leurs objectifs au point d’en faire une obsession (que j’ai connu).

Dans cet article, vous découvrirez comment réduire les effets négatifs des objectifs pour éviter de tomber dans l’obsession et paradoxalement…

Augmenter les probabilités d’atteindre vos objectifs.

Le sujet est d’actualité quand on sait que la majorité des gens et des entreprises définissent leurs objectifs en début d’année.

Les médias traditionnels ou ce qui est facilement relayé par les utilisateurs des algorithmes Google, Facebook (pour ne citer qu’eux) vous cacheront ceux qui se sont des années évertués à définir des objectifs ambitieux, prendre des risques et persévérer pour finir à mendier dans la rue ou pendu au bout d’une corde.

Pourtant, ils ont suivi les mêmes principes que Roger Federer, Warren Buffet, Eminem ou Steve Jobs. Ce qui invite le facteur chance dans l’équation (chance de naître au bon endroit, au bon moment, dans une bonne famille. Je pense qu’un allemand de 18 ans en 1914 a eu moins de chance qu’un Suisse de 18 ans en 1968).

Oui, la chance a son mot à dire.

Il suffit de se pencher du côté de la génétique pour se rendre compte que l’école ne permet pas d’effacer les inégalités acquises à la naissance (ou les inégalités créées par l’environnement).
Vous vous dites évidemment que nos valeurs et nos choix nous permettent de saisir des opportunités que d’autres ne verraient pas ?

Je suis d’accord avec vous : la chance n’est pas la seule dans l’équation. Il se peut que ces personnes soient restées attentives à certains indicateurs leur permettant de gérer intelligemment leur progression. J’ai en tête Roger Federer qui déclare le 26 juillet 2016 d’arrêter prématurément son année pour se soigner (mais avait-il vraiment le choix ?)

Si je vous peins ce tableau pessimiste, c’est pour tordre le cou aux gurus du développement personnel / du management, qui ne font pas leurs devoirs (en lisant ce que d’autres ont écrit bien avant eux) et qui omettent d’expliquer à leurs lecteurs que parfois… avoir des objectifs, les afficher sur le miroir, d’y croire et de danser une quelconque danse de la réussite, n’est pas une garantie au succès.


Les objectifs augmentent les probabilités de se voir atteindre un résultat donné

Surtout si ceux-ci sont intégrés dans un système qui reconnait que la difficulté N°1 réside dans l’exécution de l’objectif. Un objectif n’offre aucune garantie de réussite.

Clint Eastwood résume très bien l’idée lorsqu’il dit « Si vous voulez des garanties dans la vie, achetez un grill pain ».

Les 3 conséquences indésirables d’un objectif qui tourne à l’obsession :

  1. Les indicateurs négatifs sont minimisés ou ignorés ;
  2. L’engagement persiste, même si la situation a changé et que l’objectif devrait être redéfini ;
  3. Les comportements permettant de tenir sur le long terme sont réduits ou stoppés.

Un peu comme Jeb… qui continue malgré le petit « couac » qu’il a eu en faisant son saut:

 

Mais ce n’est que le début car: 

Dr Christopher Kayes dans son livre « Destructive Goal Pursuit » montre l’exemple de plusieurs montagnards expérimentés qui meurent dans l’ascension du mont Everest. La majorité des gens qui meurent ignorent les signes très simples à comprendre comme « tu n’auras pas assez d’oxygène pour redescendre ». Et ce sont justement des gens qui s’entraînent durant des mois voir des années pour réussir à atteindre le sommet.


Vous vous dites peut-être que je ne prends pas le bon exemple pour parler d’objectifs et de management ?

Lisez plutôt ceci :

Il ne faut pas partir sur le mont Evererst pour s’apercevoir que certaines personnes changent complètement en se focalisant sur leurs objectifs :

  1. Le manager qui pour accomplir ses nouvelles responsabilités, va passer moins de temps avec sa famille ou dans la salle de sport. Jusqu’à devenir irritable, fatigué, divorcé, obèse et sous somnifère. L’autoroute vers le burnout.
  2. L’entrepreneur qui victime de son succès, va cesser de prendre du temps pour apprendre et réfléchir à la stratégie de son entreprise. « Étrangement » celui-ci va se retrouver à jongler dans l’opérationnel tout en courant dans la roue du hamster (tout en se faisant dépasser par la concurrence).
  3. Marine qui pour réussir ses examens prendra de la Ritaline ou du Modafinil en ne pensant pas aux risques pour son système digestif ou à sa future dépression.

Comment réduire l’effet tunnel des objectifs ?

L’idée est d’identifier les signes qui vous feront presser le bouton « éjection » tel un pilote d’avion de chasse, AVANT de monter dans l’avion.

Ce n’est pas très clair ? Voici mon exemple :

Cette année 2018, j’ai défini les trois objectifs suivants (pour les puristes, il s’agit plutôt d’intentions) :

  1. Interviewer 2 personnes par mois pour organisologie.com
  2. Passer mon certificat d’instructeur Kettlebell niveau 1 SFG
  3. Débuter la rédaction de mon deuxième livre

Et voici les signes qui m’indiquent que je dois décrocher ou sérieusement repenser à mes objectifs (donc me poser à une table et réfléchir) :

  1. Je dors mal 4-5 nuits de suite
  2. Je me blesse / bloque le dos 2 fois par mois
  3. Je suis tenté de prendre des produits pour améliorer mes performances physiques et cognitives.
  4. Mes proches me disent que je deviens con.
  5. Je ne remplis plus mon agenda (souvent parce que je suis sous l’eau).

Vous noterez que ces signes ne concernent pas l’apparition d’opportunités qui pourraient me mener à changer de priorités. Ce travail d’observation est fait à travers le système que j’utilise pour réaliser le suivi de l’exécution de mes objectifs.

 

Pourquoi identifier les signes avant de débuter l’exécution de votre objectif ?

La théorie de l’engagement affirme que plus vous vous engagez dans une direction et plus il est difficile de s’en désengager. Jean-Léon Beauvois et Robert Vincent Joules en parlent très bien dans leur livre « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens ».

Une petite histoire pour illustrer l’effet :

Vous attendez le métro depuis cinq minutes, et là le panneau vous indique un retard de six minutes. Vous vous dites « bon, j’ai déjà attendu cinq minutes, je suis OK pour attendre six minutes de plus ». Après quatre autres minutes supplémentaires, le panneau affiche un retard de douze minutes. Maintenant que vous avez attendu neuf minutes… la probabilité de vous dire : « bon, j’ai déjà attendu neuf minutes, je ne suis plus à ça prêt » est supérieure que si vous ne vous étiez pas déjà engagé en attendant.

Et on peut continuer comme ça longtemps. Dans un autre domaine, il suffit de regarder les couples malheureux, mais ensemble depuis des années « Bah après tout ce temps avec cette personne… » ou le salarié résigné qui a déjà démissionné, mais qui continue de faire de la présence.

Que vous lisiez la situation à travers la théorie de l’engagement, ou à travers l’homéostasie (la stabilité recherchée par un système complexe) au final on « ressent » assez aisément cet effet de « plus on s’investit dans quelque chose, plus il est difficile de faire différemment ».

Cela nous mène rapidement à la question :

Quand abandonner et quand persévérer ? 

Que vous allez justement commencer à résoudre en réfléchissant aux indicateurs qui vous diront « hey gros… tout ceci tourne à l’obsession. Où est la caméra cachée ?»

Car il est plus facile d’agir sur quelque chose que vous avez déjà identifié. Si vous ne percevez pas le signal, il est difficile de prendre une décision dessus. Imaginez conduire un véhicule qui n’affiche pas de témoin pour le réservoir à essence. Difficile de savoir quand il faut sortir de l’autoroute.

Et vous ne penserez même pas à chercher ce témoin lumineux si vous ne savez pas que votre auto a besoin de carburant pour fonctionner. Il est difficile de prendre conscience des signaux que l’on ne voit pas.

C’est pareil avec vos objectifs.
C’est pareil dans vos relations.
C’est pareil avec votre métro.

Lorsque vous voyez que celui-ci a du retard alors vous définissez une limite d’attente après laquelle vous changez de stratégie (merci, Uber).

Exercice pour réduire le danger des objectifs 

En définissant vos objectifs personnels ou vos objectifs avec votre équipe, prenez un moment pour répondre à la question suivante

  • « Quels sont les signes extérieurs qui m’indiqueront que je dois changer de stratégie ou abandonner ma course? » ET
  • « Quels sont les signes intérieurs qui m’indiquent que je suis en train de rouler sur l’autoroute en deuxième ? »

Vous réduirez ainsi les risques liés aux objectifs tout en augmentant vos probabilités d’atteindre vos objectifs.

Conclusion 

  1. Les objectifs augmentent la probabilité de réussite (quand ils sont intégrés dans un système qui prend en compte la difficulté de l’exécution dans un quotidien surchargé)
  2. Les objectifs provoquent un effet tunnel limitant la remise en question (on persiste dans l’engagement), minimisant les risques et réduisant les comportements « de maintien à long terme » (c’est-à-dire permettant de performer au niveau actuel).
  3. Pour réduire les effets négatifs des objectifs, je vous propose (entre autres) de définir les signaux nous rappelant d’analyser à nouveau la situation afin de nous adapter au contexte changeant perpétuellement. Car la seule constance est le changement.


Et vous ?


Êtes-vous tombé dans l’obsession de votre objectif ?

Quels ont été les effets sur vous ? Votre entourage ?

Partagez avec nous votre expérience.

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Pour aller plus ploin

Je recommande au lecteur curieux, les lectures suivantes :

  1. 1. The 4 Disciplines of Execution: Achieving Your Wildly Important Goals – de Chris McChesney, Sean Covey et Jim Huling
    2. Fooled by Randomness: The hidden role of chance in life and market – de Nassim Nicholas Taleb
    3. Destructive Goal Pursuit: The mount Everest disaster – de D. Christopher Kayes

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Lorenz

Merci pour cet article intéressant. Néanmoins il me semble que la question essentielle de savoir si l’objectif fixé et sain ou non n’est pas traîtée. A lire absolument « L’apprentissage de l’imperfection » de Tal Ben-Shahar, qui questionne adroitement ce besoin de beaucoup de faire toujours mieux (le perfectionnisme).

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    Christopher Lieberherr

    Je ne connaissais pas du tout ce bouquin. Merci beaucoup !

    Reply
Fan

« les inégalités acquises à la naissance » ? Cette expression peut laisser penser que nos inégalités sont innées, par exemple, inégalités homme/femmes…. alors que non, elles viennent la plupart du temps de notre environnement, éducation…..

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Damien

Salut Julien, ça fait un bail !

Et merci Christopher de l’avoir invité sur le blog ^^

Article super pertinent !

J’aime beaucoup ton approche des signes indicateurs que tu dois décrocher et tes deux questions-exercices de la fin, je vais les utiliser aussi du coup, merci.

Un point à ajouter au-delà de se fixer des objectifs SMART : la corrélation entre les objectifs fixés et le résultat désiré.

(J’imagine que ça rejoint l’idée de Lorenz avec « savoir si l’objectif fixé est sain ou non »)

Par exemple un objectif peut être SMART sans pour autant avoir un impact direct sur les facteurs critiques pour atteindre un résultat.

J’ai remarqué que peu de gens en parlent et qu’il faut se diriger vers des bouquins de stratégie pour mettre cette correspondance en avant.

Imagine un mec qui veut se mettre au sport pour perdre du poids qui se fixe un objectif SMART de s’acheter des chaussures de running d’ici la fin du trimestre : l’objectif est SMART mais c’est pas ça qui le rapproche du résultat qu’il désire. (D’autant plus s’il commence à se prendre la tête outre-mesure sur la sélection de ses pompes et qu’il devient obsédé par le sujet ! Il y aurait des tas d’objectifs plus en adéquation !)

NOTE : Deux bouquins pour se fixer des objectifs stratégiques : Good Strategy / Bad Strategy de Richard Rumelt ou The ONE thing de Gary Keller

C’est quoi votre approche pour déterminer des objectifs pertinents pour les résultats que vous voulez atteindre ?

PS: Je pense que je vais faire référence à cet article bientôt, je vous tiens au jus 😉

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