De la nécessité de déconstruire les idées

Déconstruire les idées est une habitude autant rare que précieuse.

Cet article sera d’une nature proche de la philosophie. Cependant, je trouve dommage qu’il faille distinguer philosophie et développement personnel.

Le terme philosophie provient de :

  • Philo = qui aime, qui est en affinité
  • Sophie = sagesse

En d’autres termes, la philosophie est l’amour de la sagesse. La sagesse est alors cet idéal de vie dont tout philosophe tend.

Est-ce que le développement personnel n’est pas aussi la recherche de la sagesse ?

Il semble alors que philosophie et développement personnel soient deux frères en quête du même objectif.

Pourquoi ne pas allier leurs forces respectives ?

Une approche philosophique du développement personnel…

déconstruire les idées

Le développement personnel a de nombreux avantages. Néanmoins, son défaut principal n’est pas des moindres : un cruel manque de rigueur.

Un auteur éprouve une expérience positive avec un exercice, une technique et une méthode et décide alors de partager son « savoir » au monde entier.

Il suffit que la personne en question ait un certain charisme pour qu’une horde de personnes suivent religieusement ses préceptes.

Il s’en suit la construction d’une crédibilité gagnée par les foules pour que d’autres auteurs citent dans leurs ouvrages la personne en question ainsi que ses outils.

Génération après génération, un simple résultat personnel est devenu un axiome indétrônable dont les résultats sont difficilement vérifiables.

Notre enthousiasme est quelque chose de fantastique, mais dans certains cas, il peut aussi devenir notre pire ennemi. Avoir la capacité d’être enthousiaste tout en gardant un esprit analytique, sceptique et constructif est difficile. Savoir quand changer de chapeau est une qualité rare et précieuse.

C’est pour cette raison que je me force fréquemment à lire des ouvrages ou textes philosophiques s’éloignant souvent de mes schémas de pensées. La rigueur académique de cette discipline me permet alors de préserver un regard critique sur un nouvel outil de développement personnel.

… et vice versa 

La philosophie a, quant à elle, la fâcheuse tendance à se perdre dans l’abstraction. Oubliant réalité et praticité, elle sombre dans des concepts hermétiques oubliant parfois son objectif premier : cultiver la sagesse.

Nous arrivons parfois à des philosophes écrivant des livres entiers sur l’interprétation et la définition de termes ou concepts alambiqués. Une fois l’effort fait d’avoir compris ces concepts, le lecteur se rend compte de l’inutilité pratique de ces idées dans sa vie quotidienne.

Attention, je ne critique pas ce genre d’auteurs et d’ouvrages. Ceux-ci ont un intérêt académique et de recherche de fond indéniable. Cependant, il me semblerait important de garder à l’esprit qu’une idée n’est que peu de choses si celle-ci n’influence pas la réalité.

N’est-ce pas notre défaut principal que d’oublier fréquemment notre vision d’ensemble ?

De la conception d’une théorie ou d’un outil

Dans la recherche académique en général, il est rare qu’un auteur construise une théorie à partir de rien. Celui-ci se basera sur un certain nombre de théories existantes puis les complètera, les éliminera ou proposera une théorie complémentaire ou de remplacement.

Il est logique et intuitif qu’un penseur profite des centaines de milliers d’heures de travail abattues par ses ancêtres intellectuels.

Le développement personnel semble être le mauvais élève de cette pratique. Plusieurs cas de figure existent :

  • L’auteur ne se base (soi-disant) sur personne et partage une méthode « révolutionnaire ». En réalité, celle-ci est souvent un mélange pas si souvent savamment dosé.
  • L’auteur est le descendant spirituel d’un auteur ou d’un courant de pensée. Nous sommes alors dans une approche quasi religieuse. La personne se base sur les pensées de son courant pour les vulgariser, les adapter ou les moderniser. Les concepts clés dans son courant ne sont jamais remis en question.
  • L’auteur s’inspire et utilise ouvertement le travail de ses confrères, mais les apportent comme des produits finis. Ils présentent les outils et livrent ses bonnes pratiques pour les utiliser au mieux. Par exemple, Brian Tracy avec la loi de l’attraction.

Rares sont les fois où je suis tombé sur un auteur de développement personnel déconstruisant certaines théories pour en extraire les fragments de génies à l’intérieure de celle-ci (Tim Ferriss ou Greg McKeown sont des exemples de cette exception).

En effet, il est encore plus rare de trouver une théorie ou un outil optimal. Ceux-ci seront toujours entachés par la vision limitée de son créateur, ce qui est humain. Un outil ne peut que s’améliorer s’il passe de penseurs à penseurs qui à chaque étape, ajouteront leur touche de génie tout en retirant des éléments superflus.

J’ai remarqué alors que le peu de fois où un livre m’a réellement frappé était quand l’auteur avait le parfait équilibre entre rigueur académique et pragmatisme.

Déconstruire les idées

déconstruire les idées

Toute cette réflexion pour aborder un domaine précis de la philosophie : déconstruire les idées. Celle-ci est particulièrement intéressante, car presque inexistante en développement personnel.

Je tiens tout d’abord à bien définir ce terme en le séparant de son cousin trop souvent confondu :

  • La destruction est le fait de réduire en cendre une idée ou un outil. L’intention du destructeur est que l’objet de son attention n’existe plus après son passage.
  • La déconstruction est le fait de démonter tous les éléments constituant la construction initiale. Le but est que nous puissions reconstruire l’idée de base en réassemblant chacun des éléments maintenant séparés.

Mais pourquoi faire une telle chose ?

Eh bien, il n’est pas rare qu’une ou plusieurs erreurs se soient glissées :

  • Une pièce défectueuse
  • Une pièce superflue
  • Une pièce en doublon
  • Une pièce pouvant être optimisée

En analysant chaque pièce, nous pouvons avoir une compréhension bien plus profonde de l’idée en question. Cette compréhension peut nous permettre d’améliorer l’idée ou encore de l’adapter à une situation personnelle et/ou inédite. Cette analyse permet aussi de nous rendre compte de la réelle efficacité de l’idée en question.

Par exemple, si nous décomposons un médicament, nous pouvons savoir de quels éléments chimiques celui-ci est composé. Nous pouvons alors savoir aussi si nous avons affaire à un placébo.

L’approche du développement personnel est d’avaler la pilule et de voir s’il celle-ci engendre des effets positifs. Cette approche malheureusement ne nous permet pas de savoir si la pilule n’était pas un simple placébo.

À quoi bon faire ce travail ? 

Un lecteur m’a avancé avec pertinence qu’il lui semblait inutile de savoir si la loi de l’attraction fonctionne ou non. Il remarque que cette croyance a des effets positifs sur sa vie, alors pourquoi la déconstruire ou encore la remettre en question ?

Une première réponse serait de connaître la vérité. Cependant, l’argument me semble faible. Nous ne pouvons qu’approcher (et même !) ou encore vaguement discerner la vérité. La connaître est une utopie.

Une seconde réponse serait d’avoir de meilleurs résultats. La loi de l’attraction est entachée d’un nombre colossal d’éléments superflus, encombrants et défectueux. Cette théorie semble pourtant avoir certains résultats sur certaines personnes. Mais ce n’est pas la loi qui fonctionne, mais certains de ses éléments.

Comme tout bon chimiste, il suffit alors d’extraire les éléments actifs en question pour pouvoir les concentrer. Cela nous permet alors d’avoir des résultats encore plus efficaces en un temps encore plus faible.

Par exemple, un élément efficace de la loi de l’attraction est la conviction que nous sommes maîtres de notre esprit et de notre vie. Cette approche active cependant n’est pas inhérente à la loi de l’attraction et peut être isolée. On l’appellera alors la proactivité.

Un élément superflu est la croyance que nos pensées génèrent des ondes quantiques et que l’univers y réagit.

Une personne croyant à la loi de l’attraction et voyant des résultats ne saura pas lequel de ces deux éléments (pris comme exemple) fonctionne réellement et lequel non.

Mais comment puis-je affirmer que l’un est efficace alors que l’autre est superflu ?

En isolant justement !

  • Une personne uniquement proactive (dans la définition Franklienne du terme) verra des résultats monumentaux dans sa vie bien qu’elle ne croie pas aux énergies et ondes quantiques générées par la pensée.
  • Une personne croyant uniquement que le fait de penser attirera ce qu’elle désire ne connaîtra aucun résultat positif dans sa vie.

Un dernier mot

Il est bien sûr possible d’avancer qu’un élément puisse être inefficace sans être combiné avec un autre.

Cependant, avant de se pencher sur des combinaisons complexes, je pense qu’il est important de faire le travail d’identifier les éléments archétypaux qui fonctionnent.

Une fois ceux-ci identifiés, il sera possible de complexifier le processus si l’on en ressent le besoin.

Je pense que l’habitude de déconstruire peut être bénéfique pour la plupart d’entre nous. Et pas seulement pour les idées et concepts, mais aussi pour les rêves, décisions et pensées quotidiennes. Un exemple :

Vous êtes malheureux/se dans votre travail ?

Au lieu de garder l’idée que vous n’aimez pas votre travail dans son état global, faites l’exercice de le décomposer.

  • Quels sont les éléments de votre travail qui vous rendent malheureux ?
  • Quels sont les éléments de votre travail qui vous rendent heureux ?
  • Quels éléments devraient être rajoutés et éliminés pour vous rendre heureux ?

Forcez-vous à imaginer des scénarios extrêmes pour répondre à ces questions.

Vous n’aimez pas vos collègues ?

  • Et si vous ne travaillez que seul ?
  • Et si vous avez des collègues géniaux, mais le même travail ?
  • Et si vous gardez les mêmes collègues, mais avec un travail que vous aimez ?
  • Et si vous avez des collègues pires, mais dans un autre pays ?
  • Etc.

Ce type de réflexion vous permettra d’isoler et d’être conscient des éléments dont vous êtes réellement sensibles. Peut-être qu’au fond, ce n’est pas votre travail le problème, mais un collègue spécifique. Cette connaissance approfondie vous permettra d’agir précisément, rapidement et efficacement.

Envie de déconstruire cet article ? N’hésitez pas à le faire dans les commentaires 🙂

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Marine

Salut Christopher,

sympa le fait de rapprocher la philosophie du développement personnel, je trouve que lorsque l’on s’intéresse à l’un, il est logique que l’on s’intéresse à l’autre aussi, c’est assez lié.

L’un et l’autre ont je crois pour but de mieux nous connaître et de nous donner les clés pour être plus heureux. Maintenant, cela ne veut pas dire que ce soit facile, il y a souvent des efforts à faire.

«Avoir la capacité d’être enthousiaste tout en gardant un esprit analytique, sceptique et constructif est difficile. »

C’est clair, je pense qu’il est bon de se poser des questions, de ne pas prendre tout pour argent comptant. Maintenant, il faut être un bon sceptique et pour certaines choses, tester, voir si ça nous convient.

Déconstruire une idée, un concept, un outil, ça peut nous permettre de mieux l’adapter à nous-même, d’en garder la partie qui nous convient à notre cas personnel et parfois de l’agrémenter d’autre chose. C’est d’ailleurs ce que tu écris.

Je suis de plus en plus attentive à ce que j’entends et ce que je lis, au fait de porter mon attention sur mon ressenti physique à ce moment-là. C’est une sorte de boussole pour moi, quand je lis ou j’entends un truc, pour savoir si ça me parle, si ça peut me convenir ou pas.

Après, tout déconstruire systématiquement, je ne pense pas que ce soit possible ni très sain, comment avancer sinon ? Il est important d’entretenir notre esprit critique, de déconstruire des idées/concepts/outils mais pas tout, enfin, je vois pas comment on pourrait.

Ton exemple sur le travail est très pertinent à mon sens. Quand on a un souci avec quelque chose ou qu’on souhaite en améliorer un autre, ou tout simplement savoir pourquoi tel ou tel truc nous plaît, déconstruire va nous permettre de mieux nous connaître et du coup de nous donner des clés pour nous rapprocher de ce qui nous convient.

Belle soirée:)

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    Christopher Lieberherr

    Salut Marine,

    « Après, tout déconstruire systématiquement, je ne pense pas que ce soit possible ni très sain, comment avancer sinon ? Il est important d’entretenir notre esprit critique, de déconstruire des idées/concepts/outils mais pas tout, enfin, je vois pas comment on pourrait. »

    C’est pertinent. Je pense que la déconstruction doit être faite par phase et quand on en ressent le besoin. Le faire systématiquement serait néfaste.

    Merci pour ton message. Concernant le reste, je suis d’accord avec toi.

    Bonne journée !

    Christopher

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Étienne H

Petite correction.

Préfixe phil = qui aime, qui est en affinité ( philanthrope, coton hydrophile… )
Sophie = sagesse

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