Diminuer ses désirs – une réflexion mathématique

désirs

En résumé : Augmenter son nombre de possessions n’augmentera pas sa satisfaction de vivre. À partir d’un certain plafond, c’est même l’inverse. Mais le niveau de désir lui, compte. Diminuer ses désirs, c’est augmenter son bien-être.

Temps de lecture : ~4 minutes

James Altucher vit actuellement avec 15 objets.

Mais cela n’a pas toujours été le cas. Dans les années 90, il connait le succès grâce à sa start-up « Reset Inc. ». Comme de nombreux entrepreneurs à succès, il se laisse glisser dans un univers de luxe et de confort : villa somptueuse, trajet en hélicoptère, vacances paradisiaques. Selon ses propres mots, sa richesse n’a pas comblé son vide interne. Il se sentait toujours salement pauvre. Il devait gagner plus.

Il fait faillite et perd tout. Il se reconstruit en jouant en bourse. Pour tout perdre à nouveau. C’est à ce moment qu’il décide de partager ses chroniques dans un blog personnel. Il s’ouvre au monde de la réflexion et de l’introspection pour arriver à conclusion vieille de plusieurs millénaires : les possessions n’augmentent pas notre satisfaction de vivre, c’est même l’inverse.

À 48 ans, il réunit toutes ses affaires dans 40 sacs-poubelle. Il donne l’utile et jette ce qui n’intéresse personne. Une homme libre est né.

La théorie

« Le moins pauvre est celui qui désire le moins ; tes voeux seront comblés s’ils suivent tes besoins ». Publius Syrus (286)

Cette phrase a été reprise par Sénèque dans ses lettres à Lucilius. Pour le paraphraser, nous avons deux moyens de devenir plus riches :

  1. Nous augmentons nos possessions ;
  2. Nous diminuons nos désirs.

Mathématiquement parlant :

P = Possessions

D = Désirs

S = Satisfaction

P/D = S

 

Si nos désirs restent les mêmes et que nos possessions augmentent, notre satisfaction sera plus élevée.

Si nos possessions restent identiques, mais que nos désirs diminuent, notre satisfaction sera aussi plus élevée.

Cette équation n’est malheureusement pas représentative de la réalité. Si celle-ci était véridique, cela voudrait dire que le bonheur serait proportionnel à la richesse. Un milliardaire serait alors forcément plus heureux qu’un millionnaire. Les faits divers et la science prouvent que ce n’est pas le cas. Il semble même exister un plafond dans la corrélation entre richesse et bonheur.

Nous pouvons expliquer ce phénomène grâce à l’hypothèse suivante : l’augmentation des désirs est proportionnelle à l’augmentation des possessions. En d’autres termes, plus nous avons, plus nous voulons.

L’équation devrait être reformulée de la manière suivante :

P/(D x P) = S

On remarque alors que le seul moyen « mathématique » d’augmenter sa satisfaction est de diminuer ses désirs. Une augmentation des possessions, peu importe son nombre, provoquera toujours la même satisfaction.

Certains avanceraient même que l’augmentation des possessions diminue la satisfaction. Il faudrait alors rajouter une constante – C par exemple. L’équation serait alors : P/(D x P x C) = S. Mais pour des raisons de simplicité, je ne la rajouterais pas dans la suite de l’article. Je ne suis pas assez doué en math !

Un exemple

 

Je vais maintenant illustrer cette équation avec des nombres réels.

Imaginons que vous possédiez 1000 objets et que votre désir est d’en acquérir 500 de plus : avoir plusieurs voitures, plus de meubles, plus de chambres, plus d’habits, plus de bijoux, etc.

Votre désir est une valeur allant de 0.1 à 100. 0.1 pour un désir minimal et 100 pour un maximal. Disons que votre désir actuel est de 80.

Calculons votre satisfaction actuelle :

1000/(80 x 1000) = 0,0125

 

Avançons maintenant de plusieurs années. Vous possédez maintenant les fameux 500 objets désirés.

1500/(80 x 1500) = 0,0125

 

On remarque que la satisfaction n’a pas augmentée, bien que les possessions elles, si.

Simplifions

 

Toute personne ayant fait un peu d’algèbre me dira qu’il est possible d’éliminer le facteur « possessions » étant donné qu’il se retrouve en haut et en bas de l’équation. Si nous faisons cela, nous arrivons à l’équation suivante :

1/D = S

En intégrant les mêmes nombres :

1/80 = 0.0125

 

On remarque alors que le seul facteur qui compte est l’augmentation ou la diminution du désir. L’augmentation ou la diminution de possessions n’a aucun impact sur notre niveau de satisfaction. Cette variable peut être éliminée.

Jésus, Bouddha, le Dalaï-Lama, Epictète, Sénèque, Diogène, Syrius, Marc Aurèle… la majorité des philosophes arrive à la même conclusion : seule la diminution de ses désirs peut amener à une vie plus riche.

Au-delà d’un minimalisme matériel, nous devons chercher à l’étendre à toutes les facettes de notre vie : un minimum d’objectifs, de croyances et de désirs. Chaque possession, matérielle ou non, doit être minutieusement sélectionnée en se posant la question suivante : Si j’intègre X dans ma vie, quel en sera le résultat ?

Je clôturai cet article en citant Altucher : « Je n’ai qu’une seule ambition, celle de ne pas en avoir« . Dans notre cas, nous pouvons dire « Je n’ai qu’un seul désir, celui de ne pas en avoir ».

Je ne peux m’empêcher d’ajouter ces lignes d’Epictète : « Conduite et caractère de celui qui n’est pas philosophe : il n’attend pas de profit ni de dommage de lui-même, mais de l’extérieur. Conduite et caractère du philosophe : Il n’attend de profit ni de dommage que de lui-même. »

Bibliographie

Lettre à Lucilius de Sénèque

Manuel d’Epictète

Choose Yourself de James Altucher

 

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Marine

Salut Christopher 🙂

intéressant cette façon de voir et l’équation que tu proposes permet de bien cerner le problème.

Comme tu dis cela dit,

« Cette équation n’est malheureusement pas représentative de la réalité. »

Cela n’explique effectivement pas pourquoi certaines personnes riches sont plus malheureuses que des gens pauvres.

« la majorité des philosophes arrive à la même conclusion : seule la diminution de ses désirs peut amener à une vie plus riche. »

Je pense que ça revient à trouver le besoin en soi. A « être » plus qu’à « faire » et « avoir ».

« Si j’intègre X dans ma vie, quel en sera le résultat ? »

Tu peux t’imaginer le résultat oui, mais ça ne te garantit en rien que le résultat que tu obtiendras sera celui que tu as imaginé.
C’est d’ailleurs pour ça qu’on se dit « ah quand j’aurai ça  (quand j’intégrerai ça) alors que je serai plus heureux (c’est le résultat que j’obtiendrai) »

Je pense oui que cela peut jouer, que des paramètres externes comme des possessions et un certain niveau de confort améliorent la qualité de vie et le bonheur. Mais celui-ci prend avant tout sa source en nous.

Cela voudrait dire que plus on a de désirs, et plus on a de « manques » en nous, de besoins à combler. Si l’on a moins de besoins non satisfaits, on a moins de désirs.

Est-ce qu’on peut avoir aucun désir ? Ça me paraît compliqué, après évidemment, tout dépend de ce que l’on entend par « désir ».
Dans ton article, pour ta démonstration, le « désir » est vu au sens large ou uniquement du point de vue des possessions matérielles ?

Belle fin de semaine 🙂
@+

Reply
    Christopher Lieberherr

    Hello Marine,

    « Dans ton article, pour ta démonstration, le « désir » est vu au sens large ou uniquement du point de vue des possessions matérielles ? »

    Au sens large ! Un minimaliste pourra avoir le désir incontrôlé de moins posséder, c’est un désir. Ou de voir tous les pays du monde, c’est un désir. D’être aimé de tout le monde, faire « de grande chose », « changer le monde », etc.

    Les stoïques avaient une belle pensée : Si tu peux perdre quelques choses, c’est que ce n’était pas ton bien. Tes biens sont les choses que tu ne pourras jamais perdre.

    Je dirais alors que nous ne devons pas avoir de désir sur les faux biens, c’est-à-dire les choses qu’on peut perdre. Je ne pense pas qu’on puisse éliminer le désir, mais on peut le déplacer. Il faut alors désirer ce qu’on ne peut pas perdre. On peut perdre de l’argent, on ne peut pas perdre la paix d’esprit malgré les difficultés de la vie.

    Bonne semaine à toi aussi !

    Christopher

    Reply
      Marine

      Salut Christopher,

      merci pour tes précisions sur le désir,je le conçois aussi au sens large.

      « Il faut alors désirer ce qu’on ne peut pas perdre  »

      Oui… pas évident hein dans notre société de (sur)consommation ^^.

      Je pense quand même que c’est un premier bon pas de s’en rendre compte et d’essayer d’avoir cela en tête un maximum.

      Reply
        Christopher Lieberherr

        Salut Marine,

        Je pense que ça n’a jamais été évident 🙂 Mark Mason le dit bien dans son dernier livre « If you want to not give a f**** about something, you have to give a f**** about something else ». Je pense que cette phrase – exprimée avec beaucoup de poésie – est très sage 🙂

        Reply
Freeman

Bonjour Christopher,
Belle réflexion!!! Nos possessions ne peuvent pas combler certains vides intérieurs ou effacer la culpabilité d’un mauvais acte qui empoisonne la vie. Il y a des vides qui ne peuvent être comblés que par la douce présence de Dieu et cela n’a rien avoir avec les possessions. Le problème avec notre ère enclin au matérialisme, c’est que nous avons oublié que Dieu est la source de la vraie joie.

Reply
    Christopher Lieberherr

    Bonjour Freeman,

    Merci pour votre commentaire. Personnellement, je ne pense pas que la diminution du désir doive forcément s’accompagner d’une croyance religieuse. Mais cela peut être un moyen en effet.

    A bientôt,

    Christopher

    Reply
bizzetmiel

Bonjour Christopher,

C’est un sujet auquel je réfléchis pas mal ces derniers temps. Cela a commencé par la lecture du livre du Mari Kondo, La magie du rangement, qui conseille de se débarrasser de tout ces objets qui « ne nous font pas vraiment plaisir ». J’ai déjà pas mal diminué, mais j’en encore le sentiment d’avoir « trop de choses », toutes ces possessions finissent par étouffer.
L’article que j’ai fait dessus à ce moment-là : http://www.bizzetmiel.com/marie-kondo-la-magie-du-rangemen/

Pour les fashion victime, on a aussi vu apparaître cette tendance de la « capsule wardrobe », ou l’art de porter son dressing au minimum. On peut pas mal « tricher » à mon sens, car dans cette philosophie, beaucoup de choses ne sont pas comptabilisées, comme les vêtements de sport ou ceux des autres saisons. How convinient. Mais même comme ça, c’est pas facile à mettre en pratique ! Un exemple de blog qui en parle : http://www.un-fancy.com/capsule-experiment/

Je suis en tout cas persuadée que le moins peut apporter le plus.

Aude

Reply
    Christopher Lieberherr

    Bonjour Aude,

    On m’a beaucoup parlé de la magie du rangement. Je vais m’y mettre suite à la lecture de votre article.

    Je ne connaissais pas le concept de capsule wardrobe. Ce qui me fait beaucoup rire, ce sont les 37 vêtements par saison… Je n’appellerais pas cela du minimalisme ! Quand on sait qu’un Altucher ne possède que 15 objets en tout…

    Merci pour votre message !

    Christopher

    Reply
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