Comment identifier et éliminer une distorsion cognitive

Je pars du principe que vous avez lu l’article définissant la distorsion cognitive (notez que j’utilise les termes « dissonance » et « distorsion » comme des synonymes comme le milieu scientifique le fait) et différentiant le changement de système de valeurs de la dissonance.

Si vous ne l’avez pas encore lu, je vous recommande vivement de le lire ou d’au moins le survoler brièvement.

Ainsi, nous partons du principe que votre jardin – ou devrais-je dire votre terrain sauvage – n’a jamais eu le privilège d’être entretenu par vos soins.

Cependant, il serait triste de prendre une machine gargantuesque et d’en arracher toutes les plantes. Si bien traitées, certaines vous fourniront des fruits et légumes exquis, d’autres nécessitent d’être éliminées.

Nous pourrions illustrer cette idée avec l’expression : « il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain ».

Dans un premier temps, nous allons essayer de savoir ce qui tient du système de valeurs et ce qui tient de la distorsion cognitive.

Un système de valeur amoral

Un petit aparté terminologique :

  • Moralité : Ensemble de règles de conduite, considérées comme bonnes de façon absolue ou découlant d’une certaine conception de la vie (Larousse).
  • Immoralité : Qui est contre la morale, c’est-à-dire l’inverse des règles de conduite.
  • Amoralité : Qui est sans moral, c’est-à-dire l’absence de règles de conduite prédéfinies.

On conseille dans de nombreux livres, méthodes et séminaires de définir son système de valeurs. En connaissant ses valeurs, ses convictions et ses opinions, nous serons plus à même de prendre des décisions en accord avec celles-ci. En effet, une meilleure connaissance de nous-mêmes est la voie royale et probablement unique pour tout aspirant d’une vie meilleure.

Le problème est que durant la définition de nos valeurs, nous risquons d’être aveuglés par le calque quasi opaque du conditionnement social.

Par exemple, une personne peut avoir comme valeur principale la certitude, c’est-à-dire la routine pure et simple sans vague ni remous. Étant donné que la société donne une image mauvaise de ce type de vie, l’exerçant aura tendance à mettre l’aventure ou encore la découverte comme valeur principale.

On voit alors que la distorsion cognitive rentre en jeu dès la définition de notre système de valeur. Croyant suivre nos valeurs, nous sommes en pleine distorsion.

Ce problème est bien plus grave qu’il n’y paraît. Une personne ne connaissant pas ses valeurs et donc ses désirs profonds de vie ne pourra jamais atteindre une qualité de vie satisfaisante. Au lieu d’avoir son système de valeurs, elle aura le système de valeurs stéréotypé de la société et de son entourage.

Que faire alors ?

Comment se débarrasser de la morale

Tout d’abord, il est nécessaire de se débarrasser de cette morale artificielle transmise par l’intraveineuse qu’est notre éducation. C’est un travail long est difficile.

Il y a de nombreux moyens pour briser à coups de marteau le mur d’une morale imposée :

  1. Lire des livres à contre-courant : Je vous conseille vivement de lire des livres étant considérés comme tabous, hors-propos et même choquants. Je ne vous dis pas d’y adhérer, mais simplement de rentrer momentanément dans la tête d’une personne ayant un paradigme diamétralement différent. Vous pouvez lire par exemple :
  2. Vous pouvez aussi lire mon article sur la polymoralité. Une « philosophie » que je suis en train de développer et qui connaîtra de nombreux autres articles.
  3. Vous poser la question suivante dans le maximum de situations possible : « et si personne ne me voyait, ou que je ne pouvais être jugé ou puni pour X ou Y comportement, est-ce que je le ferais ? » Par exemple, si vous aviez la possibilité de voler une magnifique voiture en ayant l’assurance que jamais vous ne serez jugé pour cela, le feriez-vous ?

Ces exercices demandent une grande honnêteté et sincérité envers soi-même qui peut être, dans un premier temps, difficile à vivre. Toutefois, c’est un passage obligatoire pour toute personne désirant se débarrasser de ses dissonances cognitives.

Il est aussi possible de se tester soi-même dans une version micro de la situation imaginée.

Prenons l’exemple que vous vous considérez comme une personne n’étant pas intéressée par l’argent. Petit problème, vous n’en avez jamais eu. Ainsi, votre valeur n’est que virtuelle. Pour savoir si votre relation avec l’argent est une distorsion cognitive ou une vraie valeur, il est nécessaire de l’expérimenter.

Comment faire ?

Tester ses valeurs

distorsion cognitive

Tout le monde doit tester ses valeurs…

J’aime bien prendre l’exemple de l’argent, car je pense qu’elle est la victime principale de la distorsion cognitive. Partons alors du principe que l’argent ne vous intéresse pas, ou plutôt, que la richesse ne vous intéresse pas. Vous regardez ces milliardaires avec dédain en vous disant que vous, si vous aviez cet argent, vous feriez quelque chose de bien. Qu’avec ce pouvoir entre vos mains, le monde serez bien meilleur. Quelle magnifique valeur parfaitement louable dans notre petite société !

La première chose que vous pouvez faire est de prendre une feuille de papier et de noter quelles seraient les 5 premières dépenses que vous feriez si vous gagniez 150 000 000 d’euros au loto par exemple.

Est-ce que vos 5 premières dépensant seraient pour aider le monde ou pour acheter des petits luxes à vous et votre famille ?

Bien sûr, la distorsion cognitive peut toujours être de mise durant cet exercice. Pour finir, vous n’avez pas réellement cet argent et votre distorsion peut parfaitement vous pousser à écrire que vous donneriez tout ou 99% à la charité.

Le deuxième exercice est plus difficile émotionnellement, mais vous permettra de savoir une fois pour toute quelle est votre valeur quant à l’argent. De nombreux livres sur les finances personnelles conseillent aux lecteurs d’épargner 10% de ses revenus annuels pour les investir et ainsi agrandir son capital. Le milieu universitaire soutient aussi cette idée avec des initiatives comme « Save for tomorrow » qui prouvent rigoureusement que n’importe qui peut épargner au moins 10% de ses revenus par mois, peu importe sa situation économique et sociale.

L’exercice est le suivant, épargnez les 10% de vos revenus chaque mois, mais pour l’offrir à la charité ou à une personne dans le besoin, mais qui n’a aucun lien direct avec vous.

Si vous êtes incapable de faire cela, alors vous êtes intéressé par l’argent et vous êtes ainsi en pleine distorsion cognitive. Si vous êtes capable de le faire 12 mois d’affilée, alors votre détachement envers la richesse est une valeur authentique.

L’argent était un exemple et je vous invite à tester de manière pragmatique absolument toutes vos valeurs : relation avec la nourriture, générosité, fidélité, honnêteté, etc.

Une lucidité purificatrice

distorsion cognitive

Vous pouvez les rejoindre si vous voulez…

La partie fantastique est qu’une fois identifiée, la distorsion cognitive s’efface d’elle-même. Une fois démasquée, elle disparaîtra rapidement.

Une fois que vous avez accepté que vous êtes attaché à l’argent, il vous sera de plus en plus difficile de vous mentir à vous-même.

Et aux autres ?

Personnellement, je vous conseille d’avoir un discours authentique avec votre cercle intime (c.f. un pas vers la polytonalité). Cependant, avoir un discours honnête quant à ses vraies valeurs peut vous mettre de nombreux bâtons dans les roues de votre vie professionnelle et sociale.

Dans ce cas de relations « externes » ou superficielles, je vous conseille de garder le discours socialement admis en sachant intimement que ce ne sont pas vos valeurs. Par exemple, vous pouvez considérer que l’argent et votre objectif principal pour l’instant tout en disant en société que l’argent ne fait pas le bonheur et blablabla pour éviter que les gens se méfient de vous.

Mais qu’en est-il des valeurs visées ?

Entre système de valeur actuel et visé

En effet, vous pouvez avoir un regard lucide quant à votre désir profond d’être riche tout en sachant que cela ne vous mènera pas au bonheur. Un regard sincère sur soi-même à un moment T ne vous empêche pas de changer ou de viser un autre état.

Une personne peut par exemple être dépendante de la cigarette ou être obèse tout en disant ouvertement qu’elle désire changer de relation avec celle-ci. C’est justement l’idée derrière la libération de sa distorsion cognitive.

Il est cependant important de différencier les valeurs que vous voulez atteindre et celle que vous avez pour le moment. Trop souvent nous aurons tendance à nous croire là ou nous espérons arriver.

Merci d’avoir lu cet article et n’hésitez pas à transmettre les expériences amusantes (ou sérieuses) que vous avez mises en place pour tester vos valeurs !

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Fabien

Salut Christopher,

Je te félicite pour ce très bel article mais je ne peut te raconter d’expérience amusante puisque je remet le long travail du test de mes valeurs à plus tard (procrastination?). J’aimerai toutefois te faire part d’un désaccord (peut-être dû à une mauvaise compréhension de ma part) sur le dernier paragraphe de cet article.

Tu nous explique que la libération de la distorsion cognitive permet d’avoir un regard plus lucide sur ses valeurs actuelles pour pouvoir les faire se rapprocher de nos valeurs visées. Je donc l’impression que tu considère les valeurs visées comme authentiques alors qu’elles peuvent aussi être altérées par un conditionnement social. Je peux en effet très bien penser vouloir être généreux et être prêt à faire de gros efforts (comme réussir le test des 10% pour autrui) sans me rendre compte que ce n’est pas réellement ce que je veux mais ce que je crois vouloir.

De plus, ce désaccord m’amène à une autre réflexion qui est de savoir si notre personnalité authentique est réellement indépendante du conditionnement social ou si celui-ci a pu influer sur notre personnalité. Je pense en effet qu’un individu ayant grandi dans un environnement lui ayant appris à donner de la valeur à l’argent aurai pu apprendre à ne pas donner de valeur à l’argent dans un autre environnement. Un même individu pourrai alors avoir des valeurs, pouvant être considérées comme authentiques, différentes suivant son environnement (souhaiter ou non la richesse).

Enfin, j’ai récemment lu plusieurs livres sur la psychanalyse qui me laissent penser qu’elle pourrai représenter (à travers l’auto-analyse) un outil permettant une compréhension de soi-même encore plus poussée. Cette discipline cherche, en effet à comprendre les désirs ignorés et refoulés par notre inconscient et notre subconscient. Les tests que tu proposent servent, je pense, à définir ce que notre esprit conscient nous cache, mais il reste encore à découvrir (et c’est plus compliqué) ce que notre « ça » et « surmoi » nous cachent.

Je te remercie pour tes articles très inspirants et j’espère pouvoir contribuer à améliorer ton raisonnement comme tu le fait pour moi.

Fabien

Reply
    Christopher Lieberherr

    Salut Fabien,

    Ta réflexion est très pertinente.

    En effet, cela me semble utopique de penser que nous avons des valeurs authentiques et innées. Elles proviendront toujours d’un certain conditionnement social ainsi que d’un enchaînement particulier d’expériences. La tâche serait alors de simplement trouver les premières ?

    Je pense que l’on sait quand on vit notre « juste » valeur par la qualité de notre vie. Si une personne est pauvre mais malheureuse d’être pauvre, elle est alors en distorsion cognitive. Peut-être que sa valeur par rapport à l’argent a été crée par son environnement. Toujours l’éternel débat du inné ou construit socialement. Les études récentes semblent affirmer qu’il y une grande part de construit socialement bien que la génétique ait aussi sa part. Il n’est peut-être pas nécessaire de connaître la source de notre valeur ?

    Ensuite, je dois t’avouer que la définition même du terme « valeur » me pose problème. Peut-on avoir comme valeur l’amour ? Il faudrait déjà définir ce qu’est l’amour : une émotion, une suite d’acte, un comportement, un sensation, un paradigme… tout ça en même temps ? Mais c’est un autre sujet. Si tu as des indices concernant une définition aiguisée de la valeur, je suis partant 🙂

    Ta réflexion sur la valeur visée est très pertinente. En effet, comment savoir que le désir d’atteindre cette valeur n’est pas induit par un conditionnement social ou/et une distorsion cognitive ? Pour finir, cela fait bien de dire qu’on cherche à se libérer de l’argent… Peut-être, comme dit précédemment, en utilisant son propre bien-être comme compas ?

    Quant aux valeurs de notre inconscients, c’est un sujet monstrueusement vaste et complexe. Est-ce que notre « ça » et notre « surmoi » ont des valeurs qui leurs sont propres ? N’est-ce peut-être pas justement la source de nos vraies valeurs ? Libéré d’une morale extérieure nous nous rapprochons de notre inconscient ou du moins, lui prêtons une oreille ?

    Merci beaucoup pour ton commentaire qui m’a fait beaucoup réfléchir. Tu soulèves des questions vraiment passionnantes !

    Merci encore et à bientôt,

    Chrisotpher

    Reply
      Fabien

      Vraiment merci.

      Je crains de ne pouvoir offrir de définition aiguisée des valeurs. Mais si ma vision t’intéresse, je considère qu’une « valeur » correspond à la valeur que l’on donne à un concept à propos d’un groupe d’individus. Ainsi, l’amour n’est pas réellement une valeur puisqu’elle comprend plusieurs concepts. La compassion que j’ai pour mes collègues, l’affection que j’ai pour mes amis et l’amour propre que j’ai pour moi-même constitueraient chacun une valeur. Après, chacune de ces valeurs a une intensité et une complexité que l’on ne peut décrire en un groupe de mots, mais on est bien obligé de le citer de cette manière aussi grossière pour se comprendre. Le degré de précision que l’on choisi pour décrire ses valeurs constituerai alors le seul complément à « valeur que l’on donne à un concept » pour définir le mot « valeur ». (J’avoue que j’ai peut-être trop d’amour-propre pour en arriver au point de me citer moi-même).

      Je suis pas sûr d’avoir été très clair. N’hésite pas à me demander de me réexpliquer pour que j’améliore mon expression. Ainsi, je pourrai te rejoindre dans le monde du blogging avec le vaste sujet de la psychanalyse au service du développement personnel comme thème 😉

      A bon entendeur, salut!

      Reply
        Christopher Lieberherr

        Re Fabien,

        « J’avoue que j’ai peut-être trop d’amour-propre pour en arriver au point de me citer moi-même » Hahahah

        J’aime bien ta décomposition de l’amour en un ensemble de concepts. Ensuite, pour décider de la valeur ou de l’importance que l’on donne à un concept il faudrait être capable de le définir. Peut-être alors nous pouvons dire qu’une valeur est « la définition et l’importance que l’on donne à un concept ».

        Ainsi 2 personnes peuvent avoir la compassion pour valeur principale mais ne pas du tout la vivre de la même manière : elle lui donne la même importance mais pas la même définition.

        Qu’en penses-tu ?

        PS. Si tu es intéressé par écrire une article pour ce blog, tu es le bienvenu 🙂

        Christopher

        Reply
          Fabien

          Re Christopher alors,

          Je pense que l’on est d’accord sur la complexité (ou plutôt l’impossibilité) d’une définition aiguisée de la valeur. Puisqu’elle dépend de la définition et de l’importance qu’on lui donne(selon nous), alors sa définition reste toujours subjective. Si je te décris mes valeurs, tu ne les comprendras sûrement pas de la même manière que je les penserai. On ne peut ainsi pas comparer nos valeurs. Ce n’est probablement pas un problème puisque le développement personnel consiste à se comparer à soi-même et non aux autres. Le travail sur notre personne se pratiquant avec notre propre définition des valeurs, il est vain et inutile, je pense, de chercher une définition universelle de la valeur.

          Je te remercie pour ta proposition. Je n’ai cependant pas l’expertise nécessaire pour répondre à cet honneur. J’ai comme projet de créer un blog pour améliorer mes compétences et je travaille aussi à développer mes connaissances. Peut-être que si j’atteins un niveau convenable et que l’offre tien toujours, je pourrai y répondre avec plus de mérite. Je te suis vraiment reconnaissant, d’autant que ma confiance et ma motivation s’en trouvent boostées.

          Fabien

          Reply
          Christopher Lieberherr

          Re Fabien,

          Tout à fait d’accord avec toi. Chacun aura sa propre définition des valeurs. Ensuite, je dois t’avouer que j’ai un certaine curiosité intellectuelle 🙂

          Pas de soucis pour l’article et bon courage pour le lancement de ton blog ! Si tu as des questions ou des demandes de conseils n’hésite pas !

          A bientôt !

          Christopher

          Reply
Marine

Salut Christopher,

très sympas ces articles (celui-ci et le précédent) sur la dissonance/distorsion cognitive, on en est tous affectés plus ou moins je pense.

Comme tu l’écris bien, on est (fortement) influencé par l’environnement social dans lequel on vit, celui auquel on est confronté, cela créé des distorsions en nous parce que consciemment ou non on veut se conformer à ce que « on » dit que c’est bien de faire/penser, ce que tu appelles « le discours socialement admis ».

Or, au moins pour une partie, ce n’est pas conforme à ce que l’on est, aux valeurs que l’on peut avoir, mais si on se cache ça, alors ça créé un malaise dans la vie. Cela dit, pas évident de s’en détacher mais déjà se dire que oui pour certaines choses au moins, ce qui nous correspond n’est pas ce que la société prône, c’est un bon pas, mieux que de se voiler totalement la face.
Parvenir à se « sentir bien » avec ça ensuite c’est autre chose – c’est à dire accepter d’être différent de « ce qui est tout bien comme il faut » et savoir vivre avec.

Tu le soulignes bien, mieux vaut être hypocrite – je veux dire par là ne pas dire réellement ce que l’on pense/ressent – dans de nombreux environnements si cela n’est pas conforme à la bien-pensance du milieu. Du coup, peut-on être quand même authentique ou choisis-t-on d’être authentique seulement dans certains cas, avec certains cercles ?

« vous pouvez considérer que l’argent et votre objectif principal pour l’instant tout en disant en société que l’argent ne fait pas le bonheur et blablabla pour éviter que les gens se méfient de vous. »

Est-ce nécessaire d’appuyer en société sur un truc comme ça (l’argent ne fait pas le bonheur, etc.) ? Si un discours est tenu et qu’on n’est pas d’accord avec, est-ce + authentique de se taire plutôt que de jouer à l’hypocrite ? Ou le meilleur moyen serait-il de ne dire qu’une partie de ce que l’on pense ? (oui l’argent ne fait pas le bonheur… mais il y contribue)

Bonne journée 🙂

Reply
    Christopher Lieberherr

    Hello Marine et merci pour ton commentaire 🙂

    « Est-ce nécessaire d’appuyer en société sur un truc comme ça (l’argent ne fait pas le bonheur, etc.) ? Si un discours est tenu et qu’on n’est pas d’accord avec, est-ce + authentique de se taire plutôt que de jouer à l’hypocrite ? Ou le meilleur moyen serait-il de ne dire qu’une partie de ce que l’on pense ? (oui l’argent ne fait pas le bonheur… mais il y contribue) »

    Bonne question, j’y ai beaucoup pensé pour tout te dire. J’opterai toujours pour le discours parfaitement hypocrite (phrase socialement peu admis je l’avoue 😉 ).

    Pourquoi ?

    Voilà mon expérience :

    – Silence : les gens sentent qu’on les juge avec notre silence. C’est l’équivalent que dire que l’on n’est pas d’accord. Le silence est encore tolérable dans un grand groupe mais dans un face à face, c’est impossible de ne pas créer des tensions à long-terme.
    – Vérité : Exclusion sociale
    – Vérité partielle : Très compliqué à mettre en place. On trouve souvent la phrase parfaite 10 minutes après avoir fini la conversation ! Ton exemple – « oui l’argent ne fait pas le bonheur… mais il y contribue » – souligne plutôt, selon moi, que tu considères l’argent comme une donnée importante. Tu es ainsi déjà en contradiction avec les autres. Il ne faut pas oublié que la grande majorité est souvent très manichéenne et se fera une joie de te stigmatiser.

    Voilà, les résultats de ma petite expérience 🙂 Ensuite, bien sûr, j’invite à avoir ce comportement uniquement dans les relations superficielles.

    A bientôt !

    Christopher

    Reply
Marine

Bonjour Christopher,

merci pour ta réponse 🙂

« J’opterai toujours pour le discours parfaitement hypocrite (phrase socialement peu admis je l’avoue ). »

Effectivement, c’est peu admis, rien que le terme « hypocrite » hérisse les poils de beaucoup. Cela dit, je suis d’accord avec toi. Personnellement je n’hésite pas à être hypocrite – oui c’est très mal vu de le dire – je ne vois pas trop comment faire dans bien des situations, d’autant plus lorsqu’elles s’éloignent (les situations) de la sphère personnelle/intime.

Comment ne pas être hypocrite au travail par exemple ?! Et puis même dans la sphère personnelle, l’authenticité « pure », très difficile je trouve, même quand une personne me demande son avis, je doute vu le comportement/réactions antérieures de la dite personne, que je puisse être totalement sincère. Je veux dire par là que beaucoup demandent leur avis à d’autres mais ne sont pas près à entendre un propos qui ne correspond pas ou beaucoup à leur pensée.

Ceux qui s’insurgent sur le fait d’être hypocrite – et il y en a !, cela voudrait donc dire qu’ils mettent la sincérité tout en haut de leur valeur (et pour tous leurs « cercles »). Mais en pratique, l’appliquent-ils ? Si ce n’est pas le cas, c’est alors qu’ils se voilent la face… seraient-il alors en dissonance cognitive ?

Mais du coup je me demande – je précise que je n’ai pas lu tous les articles de ton blog donc tu en as peut-être déjà parlé ? – prônes-tu l’authenticité ? Parce qu’au fond, c’est ce à quoi on aspirerait tous non ? De pouvoir se permettre d’être authentique ? Peut-on réellement l’être authentique lorsque l’on vit en société ? Ou se doit-on d’être « uniquement » authentique avec soi-même tout en étant consciemment, de façon tout à fait voulue, hypocrites avec certains ?

Et ça me fait penser, est-ce que pour toi le fait d’être hypocrite en paroles et en actes c’est la même chose ? (même plan/niveau).

En tous les cas merci pour les exemples issus de ton expérience perso, en y pensant, je constate la même chose pour le silence (les gens regardent bizarrement si on dit rien, mais le silence peut passer d’autant mieux qu’on est dans un groupe important) et la vérité partielle. Pour ce qui est de l’exclusion sociale, je pense tout de même que l’on peut être sincère avec certaines personnes (qui ne sont pas des intimes/proches) dans certains cadres. Par exemple, tu es bien sincère sur ton blog ou du moins tu essayes de l’être au maximum et pourtant c’est à la vue de tous…

Bon week-end à toi 🙂
Marine

PS : je coche la case « Avertissez-moi par email des nouveaux commentaires » mais je ne reçois rien dans mes e-mails, c’est possible que ce soit refoulé complètement – et donc même pas en spam – est-ce que le mail est envoyé avec une adresse précise ?

Reply
    Christopher Lieberherr

    « Ceux qui s’insurgent sur le fait d’être hypocrite – et il y en a !, cela voudrait donc dire qu’ils mettent la sincérité tout en haut de leur valeur (et pour tous leurs « cercles »). Mais en pratique, l’appliquent-ils ? Si ce n’est pas le cas, c’est alors qu’ils se voilent la face… seraient-il alors en dissonance cognitive ? »

    Je pense que leur valeur principale (la vraie) est alors d’être accepté socialement.

    « Mais du coup je me demande – je précise que je n’ai pas lu tous les articles de ton blog donc tu en as peut-être déjà parlé ? – prônes-tu l’authenticité ? Parce qu’au fond, c’est ce à quoi on aspirerait tous non ? De pouvoir se permettre d’être authentique ? Peut-on réellement l’être authentique lorsque l’on vit en société ? Ou se doit-on d’être « uniquement » authentique avec soi-même tout en étant consciemment, de façon tout à fait voulue, hypocrites avec certains ? »

    As-tu lu mon article sur la polymoralité ? J’y traite de l’authenticité. C’est un concept qui me tient à coeur et que je vais développer plus en profondeur par la suite. Ton avis m’intéresserait énormément ! http://speedevelopment.com/un-pas-vers-la-polymoralite/

    Ma sincérité sur le blog a un but précis : l’écrémage. Je considère qu’une personne participant et lisant mon blog fait partie d’un cercle certes virtuel mais intime tout de même. Ce serait comme venir dans mon salon et partager nos idées. Cette technique peut aussi être appliquée pour atteindre certains but. Par exemple, éviter de découvrir qu’une personne ne nous convient pas au 15ème rencard en étant honnête dès le début. Si je sais qu’une personne est susceptible de rentrer dans mon cercle intime, je vais alors être le plus honnête possible pour savoir le plus rapidement possible si cela est possible.

    Bon dimanche à toi aussi 🙂

    Christopher

    PS. Etrange, tout semble fonctionner. As-tu essayé avec une autre adresse mail ?

    Reply
Marine

Bonjour Christopher 🙂

« Je pense que leur valeur principale (la vraie) est alors d’être accepté socialement. »

Je pense qu’inconsciemment ou non, cette valeur, le fait d’être accepté socialement, est l’une des valeurs les plus importantes d’une grande majorité de personnes… Mais le reconnaitre, c’est une autre paire de manche !

Merci pour le lien vers ton article sur la polymoralité, je l’ai lu, vraiment très intéressant comme approche qui rejoint au moins en partie mes réflexions sur le sujet. C’est super vaste comme sujet mine de rien, je veux dire que si on prend le temps d’y pense, ça entraine beaucoup de réflexions (pour ma part et la tienne aussi je vois). J’ai d’ailleurs laissé un commentaire en dessous 😉

Hum, ok, bonne façon de voir ton lectorat 🙂 Tu préfères être le plus honnête possible plutôt que de toucher une grosse masse de lecteurs en râbachant les choses avec lesquelles tout le monde est d’accord ou presque. Je pense que ça devrait être ça, une bonne approche des blogs, donner vraiment sa touche personnelle, y compris dans la réflexion, quitte à choquer/que ça ne plaise pas, c’est le but aussi, enfin pour moi quand je lis un blog, de faire évoluer ma réflexion, de me challenger intellectuellement, et notamment sur les croyances.

PS : j’essaye avec une autre adresse, je te tiens au courant.

Bonne soirée à toi 🙂

Reply
    Christopher Lieberherr

    Hello Marine !

    « Tu préfères être le plus honnête possible plutôt que de toucher une grosse masse de lecteurs en râbachant les choses avec lesquelles tout le monde est d’accord ou presque. »

    C’est une question aussi de respect envers moi-même. La prostitution littéraire ne m’intéresse pas réellement 🙂

    A bientôt !

    Christopher

    Reply
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Nick

Hello,

Tout d’abord bravo pour ce blog, qui sort des sentiers battus. La distorsion cognitive fait effectivement partie des vies de chacun de nous. La mienne se situe au niveau de mon rapport à l’argent. Je viens de perdre mon boulot, ma copine, de revenir « par manque de choix » en Suisse. Tout cela débouche bien entendu sur une profonde dépression. Et je suis en pleine phase de changement de vision de vie, de nécessité d’y trouver un sens.

Pas facile à 45 ans. Surtout quand on a longtemps été porté, professionnellement, par les choix et les opportunités des autres, sans réellement aller chercher ce pour quoi on pense être fait.

Reply
    Christopher Lieberherr

    Salut Nick merci pour ton commentaire et ton compliment 🙂

    Je t’invite à lire le livre de Victor Frankl : Découvrir un sens à sa vie avec la logothérapie

    C’est l’inventeur du concept de proactivité, c’est-à-dire être capable de générer quelque chose de positif peu importe l’expérience (il a vécu 3 ans dans les camps de concentration donc il sait de quoi il parle). Il m’a beaucoup aidé lors de phase difficile, et je suis sûr qu’il pourra t’aider.

    Profite de cette expérience, autant douloureuse soit-elle pour enfin découvrir ce pour quoi tu es fait. Peut-être que s’il ne s’était pas passé cette suite malheureuse d’événements, tu serais passé à côté de ta vie. Mieux vaut le découvrir à 45 ans que sur son lit de mort !

    A très bientôt et bon courage,

    Christopher

    Reply
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