L’essentialisme ou l’art de vivre plus efficacement

L’essentialisme.

Faire moins, mais faire mieux.

Faire ce qui nous importe réellement.

Accomplir les 20% qui produiront les 80%.

Accomplir la dose effective minimale (DEM).

Travailler 4 heures par semaines.

Éliminer le superflu.

Vivre.

Nous avons tous entendu une ou plusieurs de ces phrases. C’est la grande mode de notre époque : celui qui bosse beaucoup est un être stupide et mal organisé.

Après avoir lu ces textes, on a souvent l’impression que l’on pourrait diriger Virgin, Apple ou encore Microsoft en ne travaillant que quelques heures par semaines.

Derrière ces phrases se cachent des vérités, mais comme toujours, la majorité a tendance à s’approprier et déformer ces concepts-clés.

L’essentialisme ou l’art d’aller à l’essentiel

Je trouve que le terme « essentialisme », utilisé par McKeown dans son excellent livre  » essentialism » , explique au mieux l’idée originelle de cette mouvance. (« The war of art » de Pressfield est aussi un excellent exemple)

Nous vivons à l’ère de la distraction. Nous sommes distraits par

  • Notre smartphone
  • Une masse colossale d’emails
  • Des messages provenant de Facebook, Whats app, SMS, Evernote, Twitter, etc.
  • Des nouvelles sur le monde qui ne nous concernent en rien

Le pire, c’est que la société attend de nous un temps de réponse minimale.

Il suffit que l’on ne réponde pas à un email dans l’heure qui suit pour que tout le monde panique (et j’exagère à peine).

Il est donc tout naturel que l’on se tourne vers des réflexions nous permettant de sortir de cet enfer de notifications.

J’affectionne particulièrement le terme essentialisme, car il évite de nous faire tomber dans le piège de la super-productivité qui est en soi, une perte encore plus importante de temps.

Essentialisme

Une fois avoir lu un livre comme la semaine de 4h ou encore un livre parlant de la loi de Pareto, beaucoup de personnes se croient capables de l’impossible.

Leur réflexion est la suivante : « Si je peux devenir millionnaire en travaillant seulement 4h par semaine, je peux travailler 40h par semaine et devenir millionnaire, champion de Tango, parler 150 langues et écrire 18 best-sellers cette année ! »

Étrangement, après une année, ces personnes savent à peine 15 mots d’italien en plus…

Quel est le problème ?

Travailler moins demande plus d’effort

Et c’est ce point que beaucoup de gens ne comprennent pas.

Aller à l’essentiel est un processus actif d’élimination, mais aussi de priorisation.

Le fait de constamment réfléchir à ce qui est essentiel et d’éliminer le superflu demande un effort très important.

Par exemple, courir par intervalle entraîne l’endurance mieux que si l’on coure à un rythme constant. En d’autres termes, sprinter 1 minute puis trotter 1 minute et ainsi de suite sera plus efficace que de courir 1h sans interruption.

Toute personne qui a déjà subi ce type d’exercice pourra vous confirmer que courir par intervalle est beaucoup plus fatigant que de courir à un rythme constant. Un entraînement par intervalle de 30 minutes sera plus fatigant qu’un jogging d’une heure.

C’est exactement la même chose avec la productivité et le travail en général. Une heure de concentration intensive sera beaucoup plus fatigante que 8h à traîner dans les bureaux.

Il est impossible de garder une concentration maximale tout le long de la journée, comme il est impossible de s’entraîner 8h par intervalles. Cependant, les résultats seront plus élevés.

4 heures de travail, 36 heures de réflexion et de sélection

Ne croyez pas qu’il suffise d’éliminer quelques tâches pour appliquer la loi de Pareto. Comme je l’ai dit précédemment, la sélection est un processus actif où vous devrez vous demander constamment ce qui importe réellement.

Croire que l’on peut faire plus parce que l’on sélectionne mieux est une absurdité en soi.

L’essentialisme pousse justement à faire moins, mais mieux. Mais qu’est-ce que cela veut dire concrètement ?

Prenons l’exemple d’un écrivain qui travaille sur 4 romans en même temps.

  • Une mauvaise compréhension de l’essentialisme le pousserait à se convaincre qu’il peut maintenant en écrire 8 en même temps, car il a désenclenché ses notifications et qu’il dit non à sa femme quand celle-ci lui demande de descendre les poubelles.
  • Une bonne compréhension de l’essentialisme le pousserait à sélectionner qu’un seul roman. Certes, il travaillera peut-être moins en terme de quantité d’heures, mais ses pensées seront constamment tournées vers les personnages de son histoire. Pendant ses repas, avant de se coucher et pendant qu’il se lave, son roman sera avec lui et il se développera.

La douloureuse vérité derrière la sélection

Est-ce que je prends les gens pour des abrutis ?

Bien sûr que non.

Je suis conscient que la majorité d’entre nous ont compris ces principes.

Cependant, peu d’entre nous ont conscience de la souffrance inconsciente qu’engendre la sélection.

Sélectionner veut dire abandonner, éliminer et accepter de ne pas accomplir certaines choses.

Nous avons tous le complexe de Dieu et accepter que nous mourrons sans avoir tout accompli nous est insoutenable.

L’essentialisme nous force à accepter que si nous voulons faire une carrière d’écrivain à succès, celle-ci sera le thème principal de notre vie. Si nous voulons apprendre 150 langues, nous n’aurons pas le temps de nous enrichir. Si nous voulons nous enrichir, nous n’aurons peut-être pas le temps de devenir un pro de la salsa, etc.

Accepter que nous n’expérimentions jamais certaines choses de la vie est presque insoutenable.

Pour cela, nous avons remplacé l’idée de la sélection propre au courant essentialiste par l’idée de la super-productivité.

Eh oui, c’est bien plus agréable de croire que l’on pourra devenir une bête de productivité et accomplir tous nos rêves que d’accepter le fait que qualité et quantité sont inconciliables.

Pensez à une entreprise. Connaissez-vous en une qui produit massivement, mais qui a toutefois une qualité exceptionnelle ?

Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi Hermès (outre l’aspect marketing) ne produisait pas autant que H&M ?

Vous pouvez tout faire et beaucoup d’entre nous le font :

  • Avoir un job
  • Mardi soir : cours de salsa
  • Mercredi soir : cours de piano
  • Jeudi soir : cours de cuisine
  • Vendredi soir : Manger avec son mari/sa femme
  • Etc.

Nous sommes face à exemple de quantité. Mais avouons-le, cette personne ne pourra jamais jouer une étude de Chopin, avoir une relation d’exception avec son conjoint ou encore avoir une carrière époustouflante.

Je ne critique pas ce mode de vie. Loin de là, si celui-ci comble la personne en question, c’est parfait !

Mais il ne faut pas que cette personne croie qu’il puisse exceller dans un de ces domaines. Même si cette dernière croit qu’elle n’applique que les 20% effectifs du piano. En réalité, elle n’appliquera jamais les 20% effectifs, car elle ne passera jamais le temps nécessaire à découvrir ces 20%.

L’essentialisme en bref

Essentialisme

L’essentialisme, c’est choisir une seule et unique cible, réduire son champ de vision au maximum et ne penser qu’à celle-ci.

Toutes ses pensées, actions et discussions doivent être tournées sur cette cible. Tout le reste doit être éliminé.

Mozart ne prenait pas des cours de claquettes le mardi soir et des cours de cuisine le jeudi soir. Il a réduit son champ de vision à son unique cible : la musique, quitte à en payer le prix cher.

L’essentialisme, ce n’est pas se transformer en un être super-productif, mais prendre conscience de nos limitations en tant qu’être humain et enfin agir en conséquence.

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Julien

Salut!

L’essentialisme c’est un concept que j’adore. Pour y parvenir il faut aussi peut-être, parfois passer par d’autres concepts du genre (bcp bosser, pour pouvoir ensuite négocier un travail d’essentialiste).

À mon avis, ne jamais appliquer une théorie parce que c’est ce que l’on nous a dit que c’était le meilleur truc à faire. À l’extrême la méditation peut renforcer une stratégie d’évitemment et alimenter un problème.

Je m’évade.

Mais je te rejoins sur l’aspect qui est important: tant que les gens sont heureux.

Bonne soirée et merci pour ton article!

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    Christopher Lieberherr

    Salut Julien !

    Merci pour ton commentaire. En effet, je te rejoins sur le fait qu’il ne faut pas appliquer tout ce qu’on lit et que l’association d’autres concepts peut être bénéfique.

    A très bientôt et merci pour ton commentaire !

    Christopher

    Reply
Marine

Hello Christopher,

j’ai bien aimé ton article qui notamment pointe le fait qu’on attend de nous qu’on soit aussi prompt à répondre qu’un chien quand on le siffle. Souvent aussi, on croit qu’on doit répondre vite à tel ou tel stimulus alors que non (on peut même supprimer ou diminuer le stimulus en question).

Aussi, c’est intéressant de mettre l’accent sur le fait qu’une bonne gestion du temps par l’essentialisme, ce n’est pas mieux gérer son temps pour faire des quantités astronomiques de choses.

« Le fait de constamment réfléchir à ce qui est essentiel et d’éliminer le superflu demande un effort très important. »

Exact ! Et on s’en rend pas forcément compte. C’est un peu comme quand on veut ranger son intérieur, tout ça en disant qu’on va tenter d’éliminer le superflu. Ben c’est pas une mince affaire je trouve.

L’essentialisme ça nous rappelle qu’on peut laisser tomber certaines choses qu’on juge bof pour nous, qui ne nous sont pas super utiles ni super agréables.

Ça me fait en tous les cas penser à une phrase de Jean-Luc de Wachter qui est « L’essentiel, est essentiel ». Ça peut paraître con dit comme ça mais ça peut faire réfléchir si on prend quelques secondes pour peser cette phrase…

C’est un concept qui est intéressant je pense à se remettre en mémoire régulièrement pour éviter de se disperser et se concentrer sur ce qui est essentiel pour nous (que l’on juge nous essentiel, pas les autres, la société, etc.), plus que pour appliquer à la lettre.

Excellente fin de semaine:)

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    Christopher Lieberherr

    Salut Marine !

    Merci pour ton commentaire 🙂

    Je trouve ta citation de Wachter très intéressante. J’aime bien c’est phrase qui, de prime abord semble basique et qui sont en fait extrêmement profonde lors de leur application. C’est un bon outil de rappel.

    A très bientôt !

    Christopher

    Reply
benjamin

Salut Christopher,
Un très bon article sur un concept capital mais trop souvent oublié… A vouloir se jeter partout on passe souvent à coté nos vraies priorités. Aller à l’essentiel demande un travail personnel énorme en amont pour identifier ces points. Il est bon de se le voir rappeler ici. Il suffit de voir les grandes réussites de ce monde pour comprendre qu’ils sont allés à l’essentiel. Que ce soit les sportifs ou les entrepreneurs, ils ont visé leur cible et l’ont atteinte.
Au plaisir,
Benjamin

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    Christopher Lieberherr

    Bonjour Benjamin,

    100% d’accord avec vous 🙂

    A bientôt,

    Christopher

    Reply
Homi bourhan

Être heureux dans ma vie

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