Excuses semi-conscientes – une étude de cas

Hier matin, je me suis rendu compte d’un processus psychologique étrange dont j’ai été la victime ces dernières semaines.

J’ai l’habitude de me lever tôt : entre 5h et 6h.

Pourtant, ces 4 dernières semaines, je me suis levé vers les 7h00. Je me couchais entre 21h et 22h pour enchaîner environ 10h de sommeil.

Pourquoi 10h ? Pour deux raisons principales :

  • Besoin physique : Pourquoi ? Ça, je n’en sais rien, mais je dormais ces 10h  d’une traite, j’en conclus que notre corps peut avoir des besoins spécifiques à certaines périodes de notre vie (la santé est dynamique, point que trop d’auteurs oublient).
  • Affectif : ma copine dort plus que moi et j’avais envie de rester au lit avec elle le matin.

Cependant, il y a environ une semaine, je me suis rendu compte que je n’avais plus besoin de dormir 10h. Je me réveillais souvent 2h avant le réveil (c’est-à-dire à 5h) et j’étais en pleine forme. Paresse de ma part, je traînais au lit pour replonger dans un sommeil superficiel et complètement inutile.

D’un point de vue affectif, il faut avouer que dormir ensemble n’était de loin pas l’expérience la plus intéressante comparée à prendre le petit-déjeuner ensemble ou encore s’endormir ensemble. Rien ne m’empêchait aussi de la réveiller moi-même 2 minutes avant que son réveil sonne.

Le « problème »

excuses semi-conscientes

J’ai remarqué qu’en ne faisant pas un rituel matinal type, ma productivité et mon bien-être général étaient clairement plus bas.

Mon but était alors de réintroduire un rituel matinal. Voici le programme que j’avais mis au point :

  • 6h00 : Réveil
  • 6h05 – 6h10 : Préparation et consommation de 3cl thé vert (sencha ou gyokuro) mélangés avec du beurre, du curcuma, du gingembre et des protéines végétales (après 21 jours de test, je ferai un article pour partager mes résultats)
  • 6h10 – 6h30 : Méditation
  • 6h30 – 7h00 : Sport (Insanity MAX 30)
  • 7h00 – 7h10 : Douche froide
  • 7h10 – 8h00 : Prendre le petit-déjeuner avec ma copine et me préparer.
  • 8h00 : Départ de la maison

Un rituel matinal simple, demandant peu d’efforts mais qui a déjà fait ses preuves. Les deux nouveaux éléments auront été le thé au beurre et Insanity au lieu de courir.

Le « problème » était que je devais trouver une solution pour me réveiller avant ma copine sans la réveiller.

Problème qui n’en était pas un étant donné que j’avais déjà utilisé à de nombreuses reprises le « sleeptracker ». Une montre mesurant mon sommeil, mais faisant aussi office de réveil vibrant et donc silencieux.

L’excuse semi-consciente

Nous sommes il y a exactement une semaine. Je m’étais alors rendu compte que je n’avais plus besoin de dormir 10h. J’avais défini mon rituel matinal et j’étais conscient de la solution qu’était ma montre-réveil.

Étrangement, je considérais que ce n’était pas réellement une solution.

  • La montre a quelques années et son réglage n’est pas aussi intuitif que les nouveaux outils technologiques.
  • Elle est un peu grosse
  • Il faudra la chercher (alors que je savais à 99% qu’elle se trouvait dans le tiroir de ma table de nuit… mais il valait mieux ne pas contrôler)

Je me suis alors mis dans la tête que la montre-réveil n’était pas une solution et que je devais trouver une alternative.

J’ai alors surfé sur le net pendant quelque temps pour découvrir que la plupart des bracelets connectés avaient une fonction de réveil vibrant.

« Fantastique » me suis-je dit.

J’ai alors initié des recherches complémentaires pour trouver le bracelet parfait. Et tant que nous y sommes, pourquoi pas prendre le meilleur sur le marché… un capteur de pulsation cardiaque peut toujours être pratique.

Une fois mon choix arrêté, il me suffisait d’aller dans n’importe quel magasin pour l’acheter.

Mais soudainement, devant la caisse tenant dans mes mains mon précieux nouveau petit gadget, je me suis rendu compte que payer l’équivalent de 150€ pour un réveil vibrant était un peu cher. Surtout qu’ils se démodent à une vitesse folle et que leur durée de vie est équivalente à une mouche dans une lampe halogène.

J’ai alors redéposé la boîte et suis rentré à la maison pour commencer une recherche sur une potentielle alternative.

La révélation

Cette histoire commençait à m’embêter.

Comment était-ce possible que le monde voulait m’empêcher d’introduire dans ma vie une habitude si bénéfique ?

Et si c’était moi ?

J’ai alors décidé de m’asseoir et de réfléchir à la question pendant quelques minutes.

Il m’a fallu à peine 30 secondes pour me rendre compte que ma quête était complètement inutile.

J’avais la solution depuis le début et j’ai gaspillé de nombreuses heures pour trouver une alternative moins performante.

J’ai alors pris ma montre, l’ai réglée sur 6h00 et je me suis réveillé ce matin sans déranger personne.

Les excuses semi-conscientes

En analysant cette petite étude de cas, l’on peut facilement arriver à la conclusion que ma réflexion sur le sujet durant la semaine dernière était particulièrement mauvaise. J’ai tout bonnement complexifié une situation qui été très simple.

En réalité, le monde n’était pas contre moi, c’était moi-même qui étais contre moi.

Alors quelle est la cause de cette réflexion erronée ?

Selon moi, je les nommerais des excuses semi-conscientes.

La réalité est qu’il est plus facile de traînasser dans son lit chaud pendant une heure ou deux de plus que de se lever pour méditer et faire du sport…

Mais se l’avouer serait terrible. J’ai fait alors une simple et pure dissonance cognitive. Je me suis persuadé que le problème n’était pas interne (mon manque de motivation), mais externe (le manque d’un outil adéquat). Parti de ce constat, la situation me semblait bien plus complexe.

Ce problème d’accorder un problème à une autre source est courant. Du point de vue d’un observateur externe, la réflexion de la personne en pleine dissonance cognitive aura l’air stupide.

Les exemples les plus courants sont les suivants :

  • Attendre de se mettre au régime ou au sport après les fêtes, quand on reçoit la nouvelle machine, quand on achètera le dernier gadget, quand on aura plus mal à son orteil, quand on ne sera plus chez maman-papa, etc.
  • Gérer ses finances quand on gagnera plus d’argent ou qu’on téléchargera la dernière application sur le sujet.
  • Arrêter de fumer ou n’importe quelle autre mauvaise habitude quand on aura fini la cartouche ou qu’on arrêtera de fréquenter une personne.
  • Se mettre à la méditation quand on aura le coussin spécialement conçu par des moines tibétains (qui n’est bien sûr pas disponible dans son pays)
  • Se mettre à la douche froide quand il fera plus chaud
  • Se mettre à la course quand il fera plus chaud… ou moins chaud… ou moins venteux… ou moins noir… etc.

Bref, nous sommes tous proies à ce type d’excuses semi-conscientes et nous devons être particulièrement vigilants.

Comment les éviter ?

excuses semi-conscientes

Voici une liste non exhaustive des techniques qui me semblent efficaces dans l’élimination d’excuses semi-conscientes :

  • S’entourer de personnes perspicaces et honnêtes (idéalement votre partenaire). Toujours les récompenser pour être honnête envers vous. Vous pouvez par exemple leur partager cet article et leur demander qu’elles sont, selon elles, vos excuses semi-conscientes.
  • Méditer. Une des techniques les plus incroyables comme comprendre nos fonctionnements internes. Selon moi, peu importe le type de méditation. J’ai bien dit « méditation »et non « relaxation » !
  • Lire des livres, regarder des documentaires, écouter des podcasts, assister à des conférences qui basculent vos points de la vue.
  • Apprendre à être seul et ne rien faire. Ce conseil s’approche de la méditation. Mais je vois trop souvent les gens prendre leur téléphone portable ou une autre source de distraction pour aller aux toilettes. Profitez de ces petits moments pour faire un bilan interne et comprendre vos réelles motivations.

N’hésitez pas à partager cet article et de mettre dans les commentaires les excuses semi-conscientes que l’on vous attribue 

Gilles

Attendre que la température remonte pour se mettre au jogging: on risque d’attraper un coup de froid!

Reply
    Christopher Lieberherr

    On va t’acheter des vêtements de course pour l’hiver alors ! Comme ça, plus d’excuses 😀

    Reply
Michael

Pas mal la dernière! C’est vrai que les smartphones sont venus à l’un des derniers instants de méditation qui nous étaient accessibles sans efforts 🙂

Reply
    Christopher Lieberherr

    Eh oui, quand les besoins primaires étaient la seule source de réflexion… Nous n’avons même plus ça…

    Reply
Marine

Hello Christopher,

Sympa cette étude de cas 🙂

Pour tes 10h de sommeil, sans doute oui que ton corps avait besoin de se reposer autant pendant cette période, on n’a pas tout le temps les mêmes besoins je pense, on est aussi impacté par de nombreux éléments, y compris la nature (saisons).

Des fois oui il est vrai qu’on se trouve de fausses excuses pour ne pas faire tel ou tel truc qu’on a décidé.

Mais je me demande si on a vraiment décidé, si on a digéré cette décision. Moi je vois des fois ça peut me prendre des mois à digérer un possible changement, à me faire à l’idée, mais quand je suis décidée, je n’attends pas qu’on soit le 1er du mois ou un lundi ou autre, je commence dès que je peux !

Pour ton cas, tu as eu un déclic, le prix pour un réveil, et puis tu as agis en prenant le temps de te poser pour réfléchir au truc. C’est super important de prendre le temps de se poser et de réfléchir, on voit ça comme du temps perdu alors que non, il est important à mon sens d’avoir du temps dans son « agenda » pour régulièrement penser simplement, se poser, réfléchir à des trucs.

Surement que ta motivation n’était pas encore à son top pour débuter l’habitude, tu n’étais pas assez persuadé du truc peut-être… le cerveau aime le statuquo, déteste le changement, donc il va trouver toutes les excuses pour rester dans l’état actuel (même si cet état est bof), dans la paresse aussi. On veut plein de choses, mais pas faire ce qu’il faut pour y arriver souvent, car « c’est trop dur », « trop long », etc.

Bonne soirée !
@+
Marine

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    Christopher Lieberherr

    Hello Marine,

    En effet, ton analyse est pertinente.

    « Surement que ta motivation n’était pas encore à son top pour débuter l’habitude, tu n’étais pas assez persuadé du truc peut-être… »

    Le seul élément étrange était que les 10h étaient une exception et que le réveil plus tôt était plutôt le retour à une habitude.

    On dit souvent qu’une bonne habitude, une fois installée, n’est plus difficile à entretenir. J’en doute…

    Il me semble que nous aurons toujours un penchant pour le chaotique 🙂 C’est exactement comme la nourriture, d’habitude je ne mange pas de sucre ajouté. Il suffit que j’en mange pendant un week-end pour en être à nouveau « accro ».

    Oui, il sera probablement plus facile de se remettre dans les bons rails mais l’effort sera toujours là. Alors que sombrer dans des habitudes malsaines (dormir 10h par jour n’est pas malsain, je parle dans ce cas du sucre) est tellement facile.

    A bientôt !

    Christopher

    Reply
Marine

Bonsoir Christopher,

« Il me semble que nous aurons toujours un penchant pour le chaotique C’est exactement comme la nourriture, d’habitude je ne mange pas de sucre ajouté. Il suffit que j’en mange pendant un week-end pour en être à nouveau « accro ». »

Oui, les « mauvaises » habitudes peuvent vite revenir au galop, notre cerveau étant feignant et aimant le confort, la facilité et le plaisir, on aura tendance à aller vers ça si on n’y prend pas garde. Mieux vaut je pense s’autoriser quelques « plaisirs » de temps à autre pour garder le cap global et pas s’effondrer en cours de route.

@+
Marine

Reply
    Christopher Lieberherr

    Tout à fait d’accord avec toi !

    A bientôt !

    Chris

    Reply
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