L’onisme, votre meilleur ennemi

« Onism », savez-vous ce que cela veut dire en français ?

Eh bien… absolument rien, ce terme n’existe pas.

Pour être plus précis, ce terme a été inventé par John Koenig dans son fameux dictionnaire « of obscure sorrows » (douleurs obscures en français).

Qu’est-ce que l’onisme 

Oui, je viens de franciser ce terme.

Pour finir, est-ce réellement une faute de franciser un terme qui n’existe même pas ?

Le principe de l’onisme correspond à la frustration d’être coincé dans un seul corps, qui ne peut être qu’à un seul endroit à la fois. Cette situation nous empêche de vivre un montant colossal d’expérience et nous fait prendre conscience du peu que nous expérimenterons de ce monde.

Sur mon lit de mort, je n’aurai presque rien vécu : je ne connaîtrai pas l’expérience d’être une femme, d’avoir une autre langue natale que le français, d’être blond ou roux, d’être un animal, etc.

Mais une image vaut 1000 mots, alors imaginez une vidéo !

Pour mieux comprendre ce principe, je vous laisse regarder la vidéo ci-dessous :

L’onisme, une libération ?

La définition de Koening comprend le terme frustration. Nous sommes frustrés de ne pas pouvoir expérimenter toutes les expériences.

Pour certaines personnes, cette frustration mène à l’obsession et celles-ci tentent désespérément d’expérimenter un maximum.

Une quête vaine qui ne fait que générer plus de frustration, car si chaque nouvelle connaissance nous permet de mieux entrevoir le fossé de notre ignorance, chaque nouvelle expérience nous fait entrevoir notre onsime.

L’expérience de la vie est alors par définition limitée.

Mais est-ce pour autant négatif ? Ne pouvons-nous pas changer le paradigme et changer le terme « frustration » par « libération » ?

Nous sommes limités en terme de quantité certes, mais cela nous force alors à nous concentrer sur la qualité.

Définir un objectif de vie 

Si vous êtes familier avec le milieu du développement personnel, il est très probable que vous soyez tombé sur un paquet de techniques et exercices pour vous permettre d’établir un objectif de vie.

Beaucoup de gens connaissent alors l’expérience selon laquelle les chercheurs ont demandé à des étudiants universitaires s’ils s’étaient donné un ou des objectifs de carrière.

Il s’avère que, plusieurs années plus tard, ceux qui avaient un objectif avaient un métier mieux payé et plus gratifiant que ceux qui ne s’étaient pas fixé d’objectifs.

Encore mieux, ceux qui avaient écrit leur(s) objectif(s) pouvaient gagner jusqu’à 10 fois plus.

Vous noterez le biais de cette expérience étant donné qu’il est possible que les personnes qui ont l’habitude d’écrire leurs objectifs soient des personnes ayant un taux d’engagement plus élevé et soient donc plus performantes dans le milieu professionnel.

Cette étude ne prouve pas que le fait d’écrire ses objectifs nous permettra de les accomplir plus facilement, mais plutôt que ceux qui avaient initialement cette habitude étaient des personnes plus aptes à une carrière professionnelle.

Le fait de définir un objectif de vie nous permet alors d’établir le cadre de notre expérience de vie limitée.

En nous concentrons sur un objectif principal, nous éliminons d’office un montant colossal d’expériences annexes.

Cette réalité est probablement la cause d’une grande frustration de notre époque.

En effet, nous sommes maintenant tellement habitués à avoir tout et tout de suite (grâce notamment aux dernières technologies) que le seul fait d’imaginer que nous puissions passer à côté d’un tas d’expériences est presque inacceptable.

Omniscience et omnipotence

Soyons honnêtes, nous rêvons tous d’omniscience et d’omnipotence.

Certains à travers la religion espérant que leur dieu(x) leur donne ou leur donnera ces capacités, d’autres à travers des méthodes, processus ou techniques empruntés des quatre coins du monde (le développement personnel) et d’autres encore à travers la technologie avec notamment le transhumanisme.

Des méthodes comme la PNL nous donnent alors l’espoir de pouvoir imiter les meilleurs de ce monde sans fournir le même montant d’effort ni passer la majorité de sa vie sur l’activité en question.

Ne serait-ce pas la solution idéale ? Avec les techniques de la psychologie moderne, nous pouvons expérimenter alors ce que ressens un ultra-marathonien, un polyglotte, un virtuose ou encore pouvoir lire 10 ou 100 fois plus de livres qu’une personne normale grâce à la lecture rapide.

Sans pour autant espérer l’omniscience ou l’omnipotence, nous tentons d’échapper à la frustration générée par l’onisme.

Accepter sa limitation

Je me rends compte que cette fuite est la source du malheur d’un grand nombre de personnes. Cela peut même être la source du malheur de nos sociétés modernes.

 L’exemple le plus moderne qui me vient à l’esprit est Tim Ferriss. Il passe sa vie à explorer un maximum de méthodes, processus et habitudes pour expérimenter un maximum. Les informations qu’il regroupe sont passionnantes, et je ne peux que vous conseiller de le suivre. Les lignes qui suivent ne sont pas une critique de la personne en soi ni de son travail, mais juste l’illustration d’une situation actuelle.

Il se prénomme un « human guinea pig » (un homme-cobaye) étant donné qu’il pratique un nombre colossal d’expérience sur son corps et son esprit : apprendre une langue en un temps record, réussir de performances sportives avec le moins d’entraînement sportif, générer un système de revenu passif rapidement, etc.

Son blog, ses livres et son podcast regorgent alors de techniques pour devenir extrêmement performants dans un domaine. Cependant, il est impossible qu’il ait expérimenté lui-même toutes ses expériences (malgré le fait qu’il travaille à 200% voire 300%).

Il aura probablement vécu plus que la moyenne des gens, mais cela représentera toujours une infime partie de ce que la vie peut nous offrir.

Cette communauté d’expérimentateurs n’est alors pas des explorateurs, mais des personnes fuyant la réalité de l’onisme. Je peux affirmer ce fait avec confiance, car je fais partie intégrante de cette communauté.

La question que je me pose est alors la suivante :

Est-ce que la fuite de l’onisme peut nous approcher du bonheur ? 

Malheureusement, la réponse semble être non.

Nous ne pouvons pas fuir et viser pour autant un lieu spécifique. Car même si l’omniscience ou l’omnipotence étaient la solution, il est inutile de débattre que ceux-ci sont, pour l’instant, inatteignable.

Nous devons alors arrêter cette vaine fuite, nous retourner et faire face à la monstruosité de la réalité : nous ne pouvons pas tout vivre, car nous sommes limités.

L’objectif de vie limitatif

C’est pour cela que la plupart d’entre nous ont autant de peine à se définir un objectif de vie. Le faire et s’y engager demande justement d’affronter la réalité de l’onisme. Deborah l’avait justement très bien fait remarque dans son article développant le concept de jauge du bonheur.

Nous préférons alors la fuir en disant que nous recherchons toujours une passion, que nous n’avons pas trouvé notre voie ou encore que notre objectif de vie est d’expérimenter la vie au maximum.

Ces réponses ne sont que des excuses que nous pouvons utiliser à 20 ans jusqu’à 100 ans.

Et c’est sur ce point que je désire mettre l’emphase : je ne suis jamais tombé sur un livre de développement personnel qui traite l’objectif de vie de cette manière. Ils partent du principe que le lecteur a accepté sa condition limitée et veut simplement trouver une direction.

Ce problème est probablement récent et touche majoritairement la génération Y, génération du tout et tout de suite.

Il est cependant nécessaire, voire obligatoire, de réfléchir sérieusement sur cette réalité avant de pouvoir espérer pouvoir un jour trouver un objectif de vie ou même une direction dans sa vie.

Je n’ai malheureusement pas d’exercice magique à vous conseiller pour résoudre ce problème.

La seule recommandation que je puisse vous donner est de vous isoler, soit dans une chambre soit en vous promenant est de réfléchir sérieusement à la question suivante :

Ai-je réellement accepté ma condition limitée d’être humain ?

 

Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain

Je ne suis bien sûr pas en train de cracher sur toutes les méthodes d’améliorations de soi.

Ce que je critique, c’est notre manière de l’aborder en espérant tout au fond de nous qu’enfin nous avons découvert la technique ultime nous permettant de fuir l’onisme une fois pour toute.

Explorant ce monde et la vie avec plaisir et passion, mais gardons en tête que nous n’expérimenterons qu’un grain de sable sur une plage infinie.

Apprécions ce grain de sable, contemplons-le et tentons de percer son mystère, car une fois percé, nous nous rendrons compte qu’il suffit d’un seul grain de sable pour être réellement heureux.

onisme

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Michael

Excellent article et superbe synthèse de notre discussion de ce week end 🙂
Je ne connaissais pas ce terme, bien que le concept m’était bien connu.

Il y a vraiment beaucoup à retirer de ces quelques lignes, et je pense que ça touche vraiment beaucoup de monde. Rien que la vidéo te fait saliver et « regretter » de peut être manquer certaines de ces choses. L’abondance d’images telles que celles là peuvent pousser à mon avis facilement à deux choses : soit la vie par procuration (tu vis à travers ta télé et les expériences des autres), soit l’onisme.

Trouver un entre deux? Ou penser autrement? C’est peut être du lâcher prise qu’il faut Chris 😉

A+ Mika

Reply
    Christopher Lieberherr

    Merci Mika pour ton commentaire.

    Je ne sais pas si l’acceptation de ses limites soit du lâcher-prise…

    Pour conserver la cohérence de mes écrits, je dirai que les deux sont potentiellement dissociable.

    Une question à développer, merci de la soulever 😀

    A+ !

    Reply
DocHojo

J’avais déjà entendu le terme mais jamais vraiment chercher à en connaître le fond !

Bel article, personnellement cependant je ne me sens pas particulièrement touché par l’onisme. Et pourtant j’adore voyager mais pour l’instant cela fait 4 mois que je taff sur mes projets webs jours après jours (bon le cadre de travail est plus qu’agréable vu que je vis en Calédonie, bref :p).

J’imagine que ma vision des choses a changé après les lectures des livres de Matthieu Ricard. Même s’il faut savoir faire la part des choses, je suis plutôt croyant en la réincarnation et les expériences de vie antérieur (voir postérieur même si cela relève plus de la psycho-histoire..). Cette croyance n’est pas de foi mais plus d’un ressenti acquis au fur et à mesure de mes méditations et voyages.

Après chacun vis et ressent ses expériences différemment mais cette croyance me permet au moins de me dire que si ce n’est pas dans cette vie ce sera dans une autre. Mais cela ne m’empêche pas bien sûr de profiter pleinement de celle-ci !

En tout cas c’est mon état d’esprit actuel face à l’onisme, il évoluera surement avec le temps (pour plus de détachement ? ou l’inverse ?), bref, merci pour cet article et bonne continuation 🙂

Reply
    Christopher Lieberherr

    Salut DocHojo,

    Woaw la Calédonie ! En effet, c’est un beau cadre de travail !

    En effet, la croyance en la réincarnation est une « solution » (bien que l’onisme en soi n’est pas réellement un problème). C’est un ajout tout à fait pertinent.

    Merci pour ton commentaire et à bientôt !

    Christopher

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