Pourquoi il ne faut pas gérer son énergie

J’écris cet article à l’occasion de la nouvelle édition du festival « A la croisée des blog » de DeveloppementPersonnel.org. Chaque mois, un participant propose un thème réunissant nombre de blogueurs pour écrire dessus. Ce mois-ci c’est Julien du blog « Un monde pour les introvertis » qui nous proposent le thème de la gestion de son énergie. Voici le lien pour plus de précision.

Dans le développement personnel, on adore le terme « gestion » : gestion du temps, gestion de sa productivité, gestion de ses finances, gestion de ses relations ou encore gestion de son énergie. Ainsi, le bonheur semble arriver seulement à un certain stade de gestion.

Qu’est-ce que la gestion ?

Il existe une confusion entre les termes de « management » et de « gestion ». On a vite tendance à les permuter comme s’ils avaient exactement le même sens. Or, ce n’est pas le cas.

« Management » désigne les savoirs-faire qui sont associés à l’organisation du travail collectif ainsi qu’aux relations humaines. Ces pratiques concernent majoritairement une dimension qualitative.

« Gestion » désigne les techniques de conduite en général avec une dimension quantitative.

Le management du temps serait la manière de gérer en équipe en optimisant son efficacité, c’est-à-dire mieux faire avec le temps imparti.

La gestion du temps serait quant à lui dans l’optimisation de la productivité pour un temps imparti.

Nous parlons alors de gestion de notre énergie. En d’autres termes, nous n’abordons pas les techniques pour augmenter notre énergie ou encore moins pour l’utiliser de la manière la plus efficiente, c’est-à-dire de la manière qui augmentera au mieux notre bonheur. Gérer son énergie veut dire que nous percevons cette dernière comme une ressource limitée comme l’essence dans le réservoir d’une voiture. Si nous en utilisons trop au début, alors il n’en restera plus pour la fin. À l’inverse, si nous sommes excessivement prudents, nous finirons le parcours avec un surplus d’essence inutile. Un manque d’essence se traduirait pour nous par de la fatigue, de la maladie ou même la mort. Un surplus consisterait en un manque d’action voire de la paresse.

L'essence est à la voiture ce que l'énergie est à notre corps.

L’essence est à la voiture ce que l’énergie est à notre corps.

L’importance de gérer son énergie

De nombreux ouvrages se sont ainsi penchés sur la question : Comment gérer son énergie de la manière la plus efficiente ? La majorité se penche ainsi sur le comment et rarement sur le pourquoi. Pour finir, nous pouvons considérer ce point comme une évidence : si une personne ne gère pas bien son énergie, elle sera incapable d’atteindre ses objectifs.

Je suis totalement d’accord avec ce point de vue si pour autant nous partons du fait que l’énergie est une ressource limitée. Nous en avons une quantité limitée pour la journée, la semaine, le mois, l’année voire même la vie.

Mais si ce n’était pas le cas, si nous nous détournions de cet axiome, quel serait le résultat ?

Mon expérience dans la gestion de l’énergie

Il y a quelques temps, j’ai considéré mon énergie comme une ressource limitée. Si j’avais eu une semaine difficile, je faisais mieux de me reposer le week-end. Si une journée était absolument épouvantable, je me permettais de dormir plus la nuit suivante. Je tentais ainsi de contrebalancer chacune de mes actions pour préserver l’équilibre branlant de mon énergie et ne pas me retrouver dans ce terrible état qu’est la fatigue. J’étais dans la peur continuelle d’être à court d’énergie.

J’ai lu un bon nombre d’ouvrages sur la question pour non seulement mieux gérer mon énergie, mais aussi en avoir plus. Un plus grand réservoir d’essence m’aurait permis de faire de plus longues distances… logique. J’ai appris à mieux gérer mon temps, mes émotions, à m’écouter pour savoir si une situation me fatiguait, etc. Je m’entendais de mieux en mieux, et étonnamment je remarquais que mon corps et mon esprit demandaient beaucoup de repos. Pour finir, ce monde tient un rythme de folie et il faut savoir contrebalancer pour tenir la route. Je regardais alors certaines personnes de mon entourage vivant à 200% voire 300% avec une certaine condescendance : « pfff, ils vont droit au mur. Si seulement ils savaient s’écouter ».

Quel a été le résultat de cette période ? Est-ce que j’étais mieux, plus reposé et en harmonie avec moi-même ?

Logiquement, je m’attendais à ce résultat ce qui est parfaitement logique. En effet, si vous gérez mieux votre essence et en utilisez ainsi moins, vous en aurez plus dans votre réservoir. Dans mon cas, je devais avoir plus d’énergie.

Eh bien non, j’étais absolument crevé. Je m’irritais pour un rien et je me sentais exténué. Si avant une petite nuit de 5h me suffisait, je devais maintenant en avoir une de 10h. J’avais l’impression que chaque fois que j’écoutais mon corps et mon esprit, ils m’en demandaient plus, toujours plus. Tout mon environnement semblait m’agresser perpétuellement. Je ne gérais plus mon énergie, j’étais devenu son esclave.

À ce moment-là, j’avais trois possibilités :

  1. Me retirer du monde, acheter une ferme ou partir méditer dans une grotte. Sans rire, de nombreuses personnes ont pris cette décision.
  2. Continuer de « gérer » mon énergie et probablement finir au fond du trou. Mon corps et mon esprit auraient fini par réclamer une bonne petite dépression ou au moins au burn-out.
  3. Changer de stratégie et donc de paradigme.

J’ai choisi la troisième possibilité à cause de deux événements dans ma vie. Premièrement, on m’a fait remarquer que je semblais fatigué et déprimé ces temps-ci. Mon entourage ne comprenait pas étant donné qu’il me connaissait comme une pile survoltée. Je me suis souvenu alors de l’incroyable énergie que j’avais durant ma première période d’étude : je faisais deux bachelors en même temps et je travaillais environ 10 heures par semaine pour gagner ma vie. J’avais des nuits extrêmement courtes (c’est à ce moment-là que j’ai expérimenté le sommeil polyphasique), la majorité du temps je n’avais pas le temps de manger et pourtant j’étais constamment rempli d’énergie. Deuxièmement, j’ai revu un ami qui avait une vie survoltée et il ne semblait pas en mauvaise santé ou encore moins dépressif.

Comment était-ce possible ?

Quand je ne gérais pas mon énergie, j’étais en pleine forme et maintenant que je faisais attention je n’en avais plus. Ce serait comme dire qu’une personne qui fonce à 200km/h sur l’autoroute durant des heures sans jamais regarder sa jauge finit par arriver avec plus d’essence qu’il n’en avait mis initialement. Cela semblait incohérent.

Pour comprendre ce phénomène, je devais changer de paradigme et probablement briser un axiome ou deux, peut-être plus. Heureusement, je n’ai dû en briser qu’un seul : nous avons une quantité d’énergie donnée. En d’autres termes, la métaphore du réservoir à essence.

Et si notre énergie n’était pas un réservoir d’essence, mais une dynamo ? Plus nous nous activons, plus nous avons d’énergie. Tout cela est contre-intuitif, je vous l’accorde et pourtant j’ai tenté de m’avancer dans cette direction.

Et si notre énergie fonctionnait comme une dynamo ?

Et si notre énergie fonctionnait comme une dynamo ?

Mon expérience de non-gestion

J’ai décidé d’expérimenter ce nouveau paradigme. J’ai repris de nombreuses activités même trop et j’ai rabaissé drastiquement mon temps de sommeil. Je me suis laissé gagner par mon enthousiasme et j’ai commencé à entreprendre des projets fous et disproportionnés. J’ai recommencé à entendre ces fameuses phrases : « mais tu es fou », « tu vas te tuer à ce rythme là », « pense à ta santé », « il faut savoir dire stop » etc. Plus j’en entendais et plus je savais que j’étais sur la bonne voie.

Résultat des courses ? Je ne me suis jamais senti aussi épanoui, heureux, en pleine forme et rempli d’énergie. Un comble ! En ne gérant pas mon énergie, je finissais par en avoir encore plus qu’avant !

Je dois préciser que je gardais une hygiène de vie impeccable : activité physique tous les jours, alimentation saine, méditation et bien sûr, beaucoup de douches froides 🙂 Pour le reste, je pouvais ne dormir que quelques heures dans la semaine et j’étais toujours surexcité et rempli d’énergie. J’ai gardé cette manière de fonctionner jusqu’à maintenant.

Un coup d’oeil chez les grands

Une petite question : connaissez-vous un grand/e homme/femme qui gérait son énergie avec parcimonie ? Pensez-vous que les personnes qui ont eu les vies les plus palpitantes, qui ont changé la face de la terre à tout jamais, qui ont découvert les secrets les plus profonds « géraient » leur énergie?

Personnellement, je n’arrive pas m’imaginer un Camus s’arrêter d’écrire en pleine inspiration parce qu’il se fait tard ; un Beethoven stopper sa composition parce que demain il doit se lever tôt ; un Nelson Mandela annuler un discours parce qu’il a mal à la gorge ; une mère Teresa ne pas tenir la main d’un mourant parce qu’elle a besoin d’être un peu seule ou encore d’un Nicolas Tesla ne pas inventer une machine géniale parce que ses yeux sont fatigués.

Faut-il gérer son énergie ? Pour moi, la réponse est non. Nous devons tout faire pour l’optimiser, en avoir un maximum et l’utiliser de la meilleure manière qui soit, mais jamais, au grand jamais gérer son énergie quantitativement parlant. Nous pourrions alors parler d’un management de son énergie qui se concentre sur l’aspect qualitatif de celui-ci.

Et vous, avez-vous vécu la même expérience ?

Julien

Bonjour Christopher,
Merci pour ta participation à la Croisée des blogs !
Ton article est intéressant, en montrant que l’énergie n’est pas une ressource fixe, qui se viderait simplement par l’effort et s’emplirait par le repos. Curieusement, on peut s’emplir d’énergie également par l’action. Il faut noter que l’action est accompagnée d’une bonne hygiène de vie…
La métaphore de la dynamo est intéressante d’ailleurs !
Ton article est donc validé avec plaisir, merci !
Julien

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    Christopher Lieberherr

    Bonjour Julien,

    Merci pour ton retour et de cette très bonne nouvelle !

    A très bientôt !

    Reply
    xX_TOODARK4U_Xx

    ouai de ouf

    Reply
Bruno Lafaye,

Bonjour je ne suis pas tout à fait d’accord avec l’article, ou du moins avec le titre de l’article qui porte à confusion. Vous devriez plutôt mettre « Pour quoi il ne faut pas être escalve de son énergie et comment l’optimiser »
Sa passerais beaucoup mieux.

Cordialement

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    Christopher Lieberherr

    Bonjour,

    En effet, votre proposition de titre est très bonne.

    Merci !

    Reply
Claudie FAL.

je pense que vous avez raison sur la non gestion de votre énergie, mais il me semble que votre manière de voir n’est efficiente que si vous utilisez votre énergie dans des activités qui vous semblent interessantes ou qui vous motivent depuis le fond de vos tripes!
Rien ne me fatigue plus que l’ennui, la routine au travail ou à la maison par exemple.
Je m’étonnais un jour d’avoir pu rester en activité presque 22 h d’affilées (j’avais pourtant fait 600km en voiture et festoyé toute une nuit avec mes amis) alors que je suis plutôt et depuis toujours une grosse dormeuse.
Il faut croire que l’intérêt ou la vision qu’on a d’une activité épuise ou au contraire augmente votre énergie!!
Comme Julien l’analogie avec la dynamo me va très bien!!
bonne cogitation perpetuelle, Mr CherMonsieur!!

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Letzgus

Bonjour,

Article très intéressant ! Je me pose également la question de mon enthousiasme insatiable. Si certains semblent sommeiller toute leur vie durant en regardant passer les projets des autres sans pouvoir se motiver à se mettre en action, je suis moi même dans le cas de figure inverse. Ce trop plein de niaque est il vraiment mauvais ? Oui s’il mène à l’épuisement, au burn out. Mais grâce à une discipline à la fois en matière d’hygiène de vie (sport tous les jours, longues nuits de sommeil 8-9h, alimentation légère et saine, petits plaisirs gourmands et bon vin malgré tout pour « croquer la vie à pleines dents »), et une discipline en matière de récupération d’énergie (sommeil, weekends prolongés, massages, spa, …), au final mon énergie est une source vitale très précieuse ! Il faut juste, comme le feu, que cette précieuse flamme ne se transforme pas en incendie de forêt incontrôlable, mais qu’elle permette d’allumer tout projet dont on a envie ! Avec au final l’impression d’avoir joué le jeu à fond, d’être allé au bout des choses, conformément à soi, de s’être respecté dans ses envies et ses besoins, et d’avoir vécu sans regret 🙂 Mais chacun a ses objectifs de vie : d’autres préfèreront laisser couler leurs jours tranquillement et le vivront de manière sereine et satisfaisante…À chacun son rythme !

Bonne continuation à tous, quelque soient vos choix et votre

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xX_TOODARK4U_Xx

omg c tro des bares 7 articl !!!
g l’impretion que c ma mere qui me parl

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