Le smartphone, l'ennemi à abattre ?

Smartphone

James Altucher ne possède que 15 objets, dont un smartphone.

En résumé : Il y a une tendance générale à diaboliser le smartphone. Pourtant, seul l’utilisateur peut rendre un outil bénéfique ou néfaste. Il est nécessaire de se responsabiliser et de donner de l’importance à nos choix. Mal utilisé, le smartphone devient une source de stress. Bien utilisé, il nous simplifie la vie.

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Selon un sondage de Toluna en 2014, 75% des Français consultent leur smartphone 15 minutes après leur réveil et 78% l’utilisent 15 minutes avant de se coucher.

Ces résultats ont été partagés à travers plusieurs milliers d’articles, de vidéos et de podcasts. La plupart répètent la même conclusion : nous sommes devenus accros à nos smartphones.

On compare ce comportement à une addiction, telle que l’alcoolisme. On le présente comme un mal pour notre société, un danger pour nos futures générations, un outil d’abrutissement. Le seul remède semble être de répéter la phrase sacro-sainte : « c’était mieux avant ».

Eh oui ! quand nous étions jeunes nous, la bonne génération, nous nous imaginions être pilotes, pompiers ou cow-boys. Maintenant, triste constat, la jeunesse n’a qu’à fixer un écran et tapoter dessus pour en incarner un.

Eh oui ! avant l’apparition du diabolique smartphone, les gens communiquaient et riaient de bon cœur dans les transports en commun. Nous sommes dorénavant entourés de zombies dévisageant des millions de petits carrés colorés.

Eh oui ! le travail était auparavant relaxant. Nous avancions à un rythme humain. De nos jours, nous devons répondre à nos emails même pendant la « pause caca ».

À mesure qu’on entend les critiques contre ce petit boîtier connecté, on finit par croire que c’est un des pires fléaux de notre époque. Les scientifiques ne devraient pas chercher à éradiquer le cancer, ils devraient découvrir une molécule qui pourrait nous guérir de la connexion. Nous pourrions alors vivre heureux avec des patchs à la nicotino-phone collés à notre bras.

Le smartphone, est-il l’ennemi à abattre ? L’Homme, était-il plus heureux avant son invention ?

Outil VS utilisateur

Ce débat est en réalité vieux comme le monde. Tout comme l’expression « vieux comme le monde » qui est aussi vieille comme le monde. Mais je m’égare.

Un outil est un instrument physique permettant à son utilisateur de procéder à une action spécifique – c’est une porte vers un nouvel horizon de possibilités. Chaque horizon amène son lot de possibilités bénéfiques et néfastes, comme le couteau qui simplifie autant la vie du cuisinier qu’à celle du tueur en série.

Peu d’entre nous définiront le couteau comme un objet néfaste ou bénéfique. Nous nous le représentons plutôt comme neutre. En soi, l’outil n’est ni bon ni mauvais. C’est son utilisateur qui définira sa nature à travers l’action qu’il désire achever.

N’en est-il pas de même pour le smartphone : un outil neutre qui peut autant rendre notre vie agréable que désagréable ?

Si c’est le cas, pourquoi une telle haine ?

La déresponsabilisation

On en arrive à la source du problème : mettre la faute sur un objet externe. Nous sommes dans une société où la culture de la déresponsabilisation est forte :

  • Tu échoues à l’école ? Le prof est un incompétent.
  • Tu es gros ? La cantine ne vend que de la malbouffe.
  • Tu es alcoolique ? Tu as de mauvais gênes.
  • Tu es pauvre ? La société est un ascenseur en panne.
  • Tu es stressé ? Le monde va à 1000km/h

Certes, chacune de ces réponses est valable, tout comme mettre la cause de ses malheurs et de ses frustrations sur son smartphone. Mais la question est de savoir si d’un, elles sont les uniques réponses plausibles et de deux, si ces réponses sont utiles. Par «utile», j’entends que la réponse soit un moyen pour résoudre le problème.

Oui, le smartphone nous rend accessibles 24/7. Mais est-ce une fatalité et une finalité ? Ne peut-on réellement rien faire pour changer cette situation ?

Dans son bouquin « The power of self-discipline« , Brian Tracy donne une phrase qu’il juge magique (oui, c’est un américain) : « Je suis responsable ». On ne prend plus en compte les éléments externes dont nous sommes impuissants, on se concentre sur le pouvoir d’action que nous avons sur cette situation.

Ce principe est bien connu chez les stoïciens. Sénèque aime reprendre la métaphore du chien attaché à une charrette qui avance. Celui-ci peut refuser de suivre le rythme du véhicule. Le problème est qu’il sera traîné à terre pendant plusieurs heures. C’est vrai, le fait qu’il soit attaché est une injustice et il a le droit d’être indigné. Sa condition n’est pas due à sa faute, mais à celle de ses maîtres. Cependant, s’il refuse de tenir la cadence, sa situation sera encore plus douloureuse. À l’inverse, s’il décide de marcher à la bonne vitesse, il ne sentira même pas la corde lui tirer au cou.

En se considérant comme responsable, on accepte de suivre la cadence que certains événements extérieurs et inévitables nous imposent. On ne peut pas forcément influer sur l’événement en soi, mais nous pouvons maîtriser notre réaction : suivre la charrette ou se laisser traîner par terre.

Cette réalité gagne en pertinence avec le smartphone. Si son utilisation nous stresse, c’est nous qui en sommes responsables. Personne ne nous oblige à répondre à un statut Facebook dans les minutes qui suivent, à répondre à nos emails dans les toilettes et encore moins à jouer à Pokémon Go dans les transports en commun. Ce sont nos choix, et nos choix sont mauvais. L’outil est neutre, c’est son utilisateur qui est pervers.

Au lieu de percevoir le smartphone comme un ennemi dont la suppression serait une victoire, tentons d’en faire un allié.

 

Un outil minimaliste

James Altucher et Andrew Hyde ont un point en commun : ils ne vivent qu’avec 15 objets. Vivre avec 15 objets tout en ayant une activité lucrative aurait été tâche impossible il y a quelques décennies. Pourquoi ? Parce que le smartphone n’existait pas.

J’énonce l’évident, mais le smartphone est une condensation merveilleuse de plusieurs centaines voire milliers d’objets physiques. Ce n’est pas pour rien qu’on parle de dématérialisation.

Si quelqu’un s’introduisait chez moi et regardait ma bibliothèque, il en conclurait que je n’aime pas lire. En réalité, les 50 livres que je lis par année sont sur mon Kindle, en format numérique.

La technologie peut autant être la chaîne qui nous emprisonne que la clé pour nous en libérer. Un smartphone peut autant nous compliquer la vie que nous permettre de la simplifier.

Smartphone, Kindle et ordinateurs portables sont ce que j’appellerais des « super-objets ». Et comme l’oncle Ben dirait « de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités« . Avec un objet on peut faire quelque chose d’agréable ou de désagréable. Avec un super-objet, on peut transformer sa vie en un paradis ou en un enfer.

À nous de choisir.

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Marine

Salut Christopher,

article qui pointe un problème de fond comme tu le soulignes, rejetez la faute sur quelqu’un/chose d’autre.

Pour ma part, je n’ai toujours pas de Smartphone. Ce n’est pas que je sois totalement contre, je pense que cela peut être très utile si bien utilisé. Je n’en n’ai pas pour l’instant tout simplement car je n’en ressens pas le besoin.

« Personne ne nous oblige à répondre à un statut Facebook dans les minutes qui suivent, à répondre à nos emails dans les toilettes et encore moins à jouer à Pokémon Go dans les transports en commun. »

Cela vaut aussi pour un utilisateur PC. C’est dingue comme on peut très bien se passer (ou diminuer) les notifications et vérifications de mails et autres. Il faut le décider cela dit, et tester. Décider réellement.

« Si quelqu’un s’introduisait chez moi et regardait ma bibliothèque, il en conclurait que je n’aime pas lire. »

On conclu toujours beaucoup de choses sur « l’apparence », le fonctionnement de notre cerveau y est pour quelque chose. Maintenant une fois qu’on le sait, on peut aussi intentionnellement chercher plus loin et ne pas s’en tenir à la première conclusion que nous livre notre cerveau. Je suis sûre qu’une personne qui discute quelques minutes avec toi se rendra vite compte que tu es loin d’être inculte/idiot. Cela n’a rien à voir avec le nombre de livres que l’on voit. Il y a aussi l’inverse, des gens qui ont plein de « jolis » livres mais qui ne les lisent pas…

« Avec un objet on peut faire quelque chose d’agréable ou de désagréable. Avec un super-objet, on peut transformer sa vie en un paradis ou en un enfer.
À nous de choisir. »
Bien dit ! Prendre conscience que l’on est responsable de notre vie, que nous avons le choix (même si les options que l’on perçoit sont toutefois peu enthousiasmantes) et se le remémorer régulièrement. Cela permet de bien avancer.
Merci à toi, bonne soirée 🙂

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    Christopher Lieberherr

    Salut Marine,

    « Pour ma part, je n’ai toujours pas de Smartphone. Ce n’est pas que je sois totalement contre, je pense que cela peut être très utile si bien utilisé. Je n’en n’ai pas pour l’instant tout simplement car je n’en ressens pas le besoin. »

    Je pense que c’est ça le plus important. Ne pas se priver pour des raisons superficielles ni s’y obliger.

    Merci pour ton commentaire et à bientôt 🙂

    Christopher

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