Arrêtez la visualisation positive

visualisation positive

Buste de Marc-Aurèle

En résumé : Certaines études scientifiques démontrent que la visualisation positive est inefficace voire néfaste. Il existe deux alternatives : 1) La visualisation négative qui prépare efficacement aux difficultés potentielles. 2) La méthode WOOP où la personne visualise non seulement ce qu’elle veut atteindre mais aussi les obstacles dont elle devra faire face.

Temps de lecture : ~4 minutes

La visualisation positive semble être inefficace voire contre-productive pour son utilisateur.

Contre-intuitif ? Certes.

Mais les résultats scientifiques sont là. Le fait de vous visualiser en ayant atteint vos objectifs diminue la probabilité que vous les atteigniez un jour.

Heather Kappes et Gabriele Oettingen ont testé l’impact de la visualisation positive sur les performances de l’individu à travers 4 études [1]. Les résultats sont à faire pâlir Rhonda Byrnes.

  1. Plus les étudiants visualisaient décrocher un métier, moins ils en trouvaient un.
  2. Plus une personne s’imaginait se mettre avec une personne qu’elle appréciait, moins ses voeux étaient exaucés.
  3. Plus les patients visualisaient leurs rémissions, plus leur temps de guérison était élevé.
  4. Plus les personnes en situation de surpoids s’imaginaient perdre du poids, moins les résultats étaient concluants.

En d’autres termes, les personnes qui n’ont pas fait de visualisation positive dans les 4 groupes ont connu de meilleurs résultats que ceux qui en ont fait.

Aïe. Mais pourquoi un tel résultat ?

Parce que le fait de fantasmer positivement avait comme effet de gaspiller inutilement l’énergie de l’individu. Une énergie qui aurait pu lui servir à atteindre l’objectif désiré. Pire, le fait de constamment s’exposer à un monde idéal diminue sa résistance à la réalité brute. Le résultat est un bien-être diminué ainsi qu’une santé physique et mentale diminuée [1]. J’avais exposé plus en détails les méfaits d’un tel exercice dans mon article sur la loi de l’attraction.

Mais alors que faire ?

Une première réponse pourrait n’être rien. Comme Kappes et Oettingen l’ont démontré, l’inaction est plus bénéfique que la visualisation positive. Mais s’arrêter là serait trop facile.

Nous allons maintenant explorer deux alternatives plus intéressantes.

Praemeditatio malorum

 

Cet exercice a plus de 2000 ans et a été utilisé entre autres par Marc-Aurèle, l’un des plus grands empereurs de l’Empire romain. Introduit par Sénèque, philosophe stoïcien, dans ses Lettres à Lucilius [2], il consiste en la méditation des maux futurs. En d’autres termes, au lieu de s’imaginer le scénario le plus optimiste, on s’imagine le pire.

  • Vous avez un rendez-vous stressant ? Imaginez-vous que vous serez viré.
  • Vous devez prendre l’avion ? Imaginez-vous que vous allez mourir.
  • Vous allez vous endormir ? Imaginez-vous que c’était votre dernier jour.

Non, les stoïciens n’étaient pas des gothiques dépressifs. Mais alors, pourquoi faire un tel exercice ?

  1. Les choses inattendues peuvent nous mettre en colère. Un ami qui nous blesse sera plus douloureux que le même acte fait par un ennemi. On atténue ainsi la potentielle souffrance.
  2. En prévoyant un futur négatif, on peut agir aujourd’hui pour l’éviter.
  3. On peut se préparer à recevoir le coup et se remettre plus vite sur pieds.
  4. En imaginant qu’on perd quelque chose nous permettra de mieux l’apprécier.
  5. On apprend à accepter que le futur puisse nous réserver des souffrances et que nous ne sommes pas invulnérables. Une auto-pratique de l’humilité en quelque sorte.

Cet exercice ne sert pas seulement pour les événements importants de notre vie. Il peut aussi nous entraîner à supporter les petites irritations de la journée.

Pour reprendre les termes de Marc-Aurèle :

« Le matin, dès qu’on s’éveille, il faut se prémunir pour la journée en se disant : « Je pourrai bien rencontrer aujourd’hui un fâcheux, un ingrat, un insolent, un fripon, un traître, qui nuit à l’intérêt commun ; mais si tous ces gens-là sont affligés de tant de vices, c’est par simple ignorance de ce que c’est que le bien et le mal. » » Méditations, 2.1.

Pour avoir pratiqué le praemeditatio malorum depuis maintenant une certaine période. Je peux vous assurer que les effets sont en effet contre-intuitif. On devient plus calme et optimiste. Non pas un optimisme niais et naïf, mais lucide et actif.

La méthode WOOP

 

Après avoir prouvé que la visualisation positive était inefficace, voire néfaste, Gabriele Oettingen ne voulait pas s’arrêter là. Elle développa alors la méthode WOOP [3]

Cette méthode est une « visualisation » en 4 étapes :

  1. Voeu(x) : La personne pense à ce qu’elle désire atteindre ou acquérir. Nous sommes ici dans la pure visualisation positive dans le sens classique du terme.
  2. Résultat(s) : La personne s’imagine le résultat qu’impliquerait la réalisation de son voeu.
  3. Obstacle(s) : La personne prend en compte tous les obstacles présents entre elle et son voeu.
  4. Plan : La personne développe une procédure étape par étape pour réaliser son voeu.

WOOP est l’acronyme en anglais (Wish – Outcome – Obstacle – Plan). En français, nous pourrions l’appeler la méthode VROP.

Les étapes 1 et 2 peuvent être intégrées dans un processus de visualisation positive. L’étape 3 sera le Praemeditatio malorum.

Un dernier mot

 

J’ai traité du Praemeditatio malorum comme un outil de productivité et éventuellement de résilience. La philosophie stoïcienne va beaucoup plus loin. Elle traite cet exercice comme un moyen d’apprendre à mourir. En d’autres termes, accepter la nature éphémère de notre existence et ne pas traiter la mort comme un événement inattendu et non désirable. Mais ce propos s’éloigne du thème de ce site.

Je vous invite alors à faire l’exercice suivant la prochaine fois que vous redouterez un événement :

  • Imaginer le pire scénario possible
  • Réfléchissez à la manière optimale de réagir

Rendez-vous compte que malgré la difficulté voire l’atrocité de ce résultat, vous pourrez toujours en sortir plus grand.

Notes de bas de page

[1] http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S002210311100031X

[2] Il est probable que Sénèque ne soit pas l’auteur premier de cette pensée.

[3] Oettinger, G. (2014) Rethinking positive thinking. (lien non affilié

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Marine

Salut Christopher,

ton discours va à l’encontre de celui de beaucoup de personnes dites « d’autorité » dans le domaine du développement personnel et de la réussite d’objectif, c’est cool les avis différents, ça fait réfléchir, merci 🙂

« Parce que le fait de fantasmer positivement avait comme effet de gaspiller inutilement l’énergie de l’individu. Une énergie qui aurait pu lui servir à atteindre l’objectif désiré. »

Cela tendrait à signifier que l’individu alors ne fait que visualisé positivement le résultat qu’il souhaite et qu’il ne fait rien concrètement pour l’atteindre, mais si c’est le cas ?

Dirais-tu qu’il est bon d’avoir des émotions/pensées positives par rapport à un but que l’on vise ? Je pense que oui personnellement.

Ceux qui imaginent le pire (oh Michel a du retard, si ça se trouve il a eu un accident, il est à l’hôpital et ils ont pas mon numéro pour me joindre, oh la la) sont souvent considérés comme pessimistes. Alors que nombre d’entre eux disent imaginer le pire en quelque sorte pour le repousser, pour se préparer un minimum.

Est-ce que tu vois ce que tu préconises « En d’autres termes, au lieu de s’imaginer le scénario le plus optimiste, on s’imagine le pire » comme du pessimisme ?

C’est un peu la « recette » contre une situation stressante. Une situation nous stress, on imagine alors le pire qu’il pourrait nous arriver dans cette situation et souvent on se rend compte que bon, on n’en mourra pas, qu’il y a « plus grave » dans la vie.

On ne peut je pense prévoir tous les obstacles mais imaginer certains peut aider notre cerveau à développer l’habitude de trouver plus rapidement de potentielles solutions aux « problèmes » qui surgissent dans notre vie.

Merci pour ce partage 🙂

Reply
    Christopher Lieberherr

    Hello Marine !

    « Dirais-tu qu’il est bon d’avoir des émotions/pensées positives par rapport à un but que l’on vise ? Je pense que oui personnellement. »

    Je pense que oui aussi. Je fais une distinction entre visualisation et visualisation positive.

    – La visualisation peut être par exemple de t’imaginer en train de faire un mouvement spécifique en sport ou en musique. Cette technique a déjà prouvé son efficacité dans de nombreux domaines.
    – La visualisation positive ne prend pas en compte le geste mais uniquement le résultat. Dans ce cas, le golfeur ne va pas s’imaginer en train de faire un Swing parfait mais simplement qu’il va gagner la compétition.

    « Est-ce que tu vois ce que tu préconises « En d’autres termes, au lieu de s’imaginer le scénario le plus optimiste, on s’imagine le pire » comme du pessimisme ? »

    Au contraire, pour moi c’est le summum de l’optimisme : Même dans le pire des scénarios, je sais que j’aurai le ressources par réagir de manière juste et optimal. Le pessimiste s’imagine le pire scénario peut-être, mais il se place comme une victime.

    « C’est un peu la « recette » contre une situation stressante. Une situation nous stress, on imagine alors le pire qu’il pourrait nous arriver dans cette situation et souvent on se rend compte que bon, on n’en mourra pas, qu’il y a « plus grave » dans la vie. »

    Selon moi, c’est exactement ça.

    Merci pour ton message et à bientôt 🙂

    Christopher

    Reply
      Marine

      Salut Christopher,

      ok merci pour tes précisions sur visualisation vs visualisation positive, effectivement vu comme ça, la seconde a sans doute moins de chances de fonctionner.

      Excellente fin de semaine 🙂

      Reply
Freeman

Dear Christopher,
Merci pour le partage. La la méthode WOOP est une véritable découverte enrichissante pour moi.

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Stick

Salut,

Y a quelque chose qui me turlupine quand même :
« En imaginant qu’on perd quelque chose nous permettra de mieux l’apprécier. »
Je pense que ça marche pour un objet mais pas pour une personne. En couple, à trop s’imaginer qu’on va perdre la personne on risque de tout faire pour la perdre, et c’est ce qui arrive souvent.

Donc ça fonctionne mais pas pour tout je pense, après c’est à chacun de faire la part des choses mais il faut quand même nuancer cette approche.

Reply
    Christopher Lieberherr

    Salut,

    « Je pense que ça marche pour un objet mais pas pour une personne. En couple, à trop s’imaginer qu’on va perdre la personne on risque de tout faire pour la perdre, et c’est ce qui arrive souvent. »

    Je dirai plutôt l’inverse. C’est en sachant que l’on peut perdre la personne que nous allons agir de manière à la garder. Un problème courant dans les couples est de prendre l’autre pour acquis : la séduction, le respect et la complicité s’en vont.

    Ensuite, il s’agit d’équilibre bien sûr !

    Reply
Mana

Je suis tombée par hasard sur votre article. Et je ne suis absolument pas d’accord avec vous. Cela fait de nombreuses années que je pratique la visualisation positive et cela ne m’a jamais trahie bien au contraire. Lorsque vous vous conditionnez à atteindre vos objectifs votre subconscient et votre conscient suivront , ne dit on pas aide toi et le ciel t’aidera ? On a tous rencontré à un moment des personnes profondément negatives ‘oui je rate tout ce que j’entreprends , j’ai une vie de merde , j’accumule les echecs’ et force est de constater que oui effectivement cette personne enchaine les déceptions et les echecs car justement elle part defaitiste, pourquoi se battre si on sait qu’on va perdre ? Et surtout pourquoi la vie sourierait à une personne qui tire la gueule et se rabaisse ? La visualisation c’est créer une énergie positive qui nous donne la force de nous battre et surtout de passer les obstacles qui se présentent. La visualisation positive permet de prendre confiance en soi en ses capacités alors que la pensée negative entraine la peur et le mal être. Au final nous gaspillons autant d’energie a penser positif que negatif a la différence c’est que la pensée positive, elle, permet de vivre en paix avec soi même.

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